Rapports PSS Nº10
(Chapitre 3, 4, 5 et 6)

Modélisation et politique de développement :
perspectives d'un développement agricole durable
« Cas du Cercle de Koutiala »

Atelier Equipe Modélisation des Systèmes (EMS) / projet PSS
à Niono du 18 au 20 Septembre 1994

Equipe Modélisation des Systèmes (EMS)


Table des matières,
Chapitre 1 et 2

3. CMDT et Comité Locale de Développement de Koutiala : Aperçu du bilan et des perspectives des interventions pour résoudre les problèmes de développement au niveau du Cercle de Koutiala (1975 - 2000).

Abdoul Kader SISSOKO

CLD-Koutiala

3.1. Introduction

Le cercle de Koutiala avec une économie essentiellement rurale a une vocation particulièrement agricole et pastorale avec une production forestière appréciable.

L'évolution des systèmes de production dans le cercle de Koutiala dans le temps et dans l'espace, nous enseigne qu'il y a quarante ans au moins, les populations ne ressentaient pas de problèmes majeures de dégradation des ressources naturelles. Ceci s'explique par le fait que les systèmes de production étaient dominés par la culture manuelle itinérante avec une population et un cheptel assez réduits.

La production agricole en zone CMDT de (Koutiala qui couvre tout le cercle de Koutiala et d'autres comme Yorosso et une partie de Bla) intègre non seulement le coton comme principale culture de rente, mais aussi toutes les autres cultures qui entrent dans le système d'assolement rotation de celui-ci.

Le cercle de Koutiala dans sa politique de développement rural intégré, tout en tenant compte du maintien du potentiel productif a fait d'importantes réalisations. Elles sont résumées dans les pages qui suivent en terme de bilan et perspectives des actions menées pour résoudre les problèmes du développement au niveau du cercle de Koutiala de 1975 à l'an 2000.

3.2. Bilan et perspectives

L'introduction de la culture de rente (le coton) par la CFDT en 1952 avant de passer le flambeau à la CMDT à partir des années 1974, fait naître de nouveaux besoins qui ont conduit à un renversement de situation à savoir :
- le perfectionnement de l'agriculture à travers la culture attelée et la motorisation intermédiaire dont la conséquence fut l'augmentation effrénée des superficies à défricher ;
- le besoin de plus en plus élevé d'acquisition d'animaux par les agriculteurs transformés finalement en agro-pasteurs (animaux de trait, animaux pour l'épargne et le prestige) ;
- l'accroissement des besoins monétaires de la population rurale pour faire face à certaines contraintes (paiement d'impôts, de produits manufacturés, etc.) ;
- la rupture de l'équilibre écologique (extension effrénée des superficies cultivées, diminution de la fertilité des sols, dégradation des ressources ligneuses et herbacées, coupe abusive des bois, etc.).

Devant le danger de rupture de l'équilibre écologique et les nécessités d'augmentation de la production agro-sylvo-pastorale et la productivité, le comité local de développement de Koutiala, a tenté de réconcilier les deux aspects en s'engageant dans un vaste programme de maintien du potentiel productif.

3.2.1. Dans le domaine de l'agriculture

Nous sommes passés d'un rendement de 952 kg ha -1 pour une superficie d'environ 22.000 ha en 1974, pour atteindre dans les 83, 1.300 kg ha-1 (Tableaux 3.1 à 3.3).

Cet accroissement de la productivité a été favorisé par les résultats de la recherche et mis à profit par les vulgarisateurs. Ils ont concerné tous les domaines de la production agricole, aspects variétaux, fertilisation, techniques culturales, entretiens culturaux, protection phytosanitaire, etc.

Parallèlement, les superficies céréalières ont aussi augmenté, passant de 10.420 ha en 1987, pour un rendement de 1361 kg ha-1 à 15.327 kg ha-1 pour 1868 kg ha-1 en 1988 pour le maïs. Tandis que pour les mil/sorgho, depuis 1987, nous avons rarement dépassé le plafond de 1100 kg ha-1 et les superficies sont passées de 63.916 ha en 1986 à 85.325 ha en 1993 (Tableaux 3.4 et 3.5).

Cette augmentation sans cesse croissante des superficies a entraîné une dégradation et un appauvrissement du patrimoine sol, entraînant ainsi une stagnation voire une baisse des rendements en général et du coton en particulier. Et depuis plus de 10 ans les rendements oscillent autour de 1.200 kg ha-1 . Ceci, à cause du fait que cette politique d'extension des superficies n'était pas accompagné d'une stratégie de maintien du potentiel productif jusqu'en 1985.

Tableau 3.1. Evolution technique de la culture coton sur 10 ans de 1974 à 1983.

Années
Superficies
Rendement
Observations
1974
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
20.253*
23.976*
30.362*
33.375*
36.070*
36.951
32.051
28.115
36.625
36.835
952
1.250
1.260
1.169
1.095
1.282
1.149
1.318
1.310
1.368
* moins les
superficies du secteur
de Molobala






Tableau 3.2. Evolution technique de la culture coton sur 10 ans (de 1984 à 1993).

Années
Superficies
Rendement
PRODUCTION (t)
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
36.385
41.510
40.695
35.982
44.321
40.525
44.010
43.778
50.987
40.346
1.154
1.146
1.311
1.260
1.337
1.153
1.386
1.266
1.344
1.251
41.988
47.570
53.351
45.337
59.257
46.725
60.997
55.422
68.521
50.472

Tableau 3.3. Evolution de la production cotonnière de 1995 à 2001.

Années
Superficies
Rendement
Production
1995/96
1996/97
1997/98
1998/99
1999/2000
2000/2001
53.245
54.000
56.700
58.150
59.500
61.200
1319
1333
1343
1356
1370
1385
70.230
71.982
76.148
78.851
81.515
84.762

Tableau 3.4. Evolution des superficies maïs et des rendements.

Années
Superficies
Rendement
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
10.420
11.432
12.917
13.045
12.660
14.385
15.327
1361
2019
1954
1912
1499
1863
1868

Tableau 3.5. Evolution des superficies et des rendements mil/sorgho.

Années
Superficies
Rendement
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
63.916
-
69.017
77.447
78.833
79.752
85.214
85.325
-
968
1178
1188
1186
1051
1108
1174

Cette situation nous amène à poser le problème de l'inadéquation entre la capacité de travail des exploitations et les superficies, d'où le problème sérieux de non maîtrise des superficies sur le plan agronomique. C'est pourquoi, si l'utilisation de la fumure organique a été bien perçue par les agriculteurs, les problèmes liés à sa production constituent un frein à son utilisation de façon quantitative et ceci par rapport aux superficies emblavées. (16.677 ha de coton ont reçus de la fumure organique sur les 40.346 ha. et reste la seule culture qui reçoit la presque totalité du fumier).

Quant aux engrais minéraux, ils ne sont surtout utilisés que sur le cotonnier bien que les doses recommandées par la recherche ne sont pas atteintes dans tous les cas. Le facteur économique limite leur utilisation sur les céréales dont la commercialisation pose d'énorme difficultés aux producteurs (faute de débouché sûr).

Pour ce qui est du PNT, une ressource naturelle, malgré les efforts louables consentis par la recherche et la CMDT (subvention, bonification des terres) son utilisation ne fait que baisser d'année en année. En 1993, 136 ha seulement ont reçu du PNT sur 40346 ha soit moins de 1 % des superficies cotonnières.

3.2.2. Dans le domaine de l'élevage

Avant les années 1970, l'alimentation du bétail ne constituait pas un souci majeur pour l'éleveur qui avait à sa disposition d'importantes ressources naturelles. A cette période, on rencontrait au niveau des plateaux et des plaines non inondables des espèces fourragères comme l'Andropogon gayanus , Rotbelia exaltatos, Symbopogon gygenteus et au niveau des pâturages inondables, des espèces de bourgou. La nature restait verdoyante presque toute l'année.

Depuis la recherche endémique de 1973, on assiste à une dégradation poussée de cette potentialité pastorale. A cela, il faut ajouter l'accroissement rapide du cheptel du cercle de 1974 à 1993 où les têtes sont passées de :
- 32.570 à 265.825 bovins ;
- 5.262 à 142.200 ovins/caprins ;
- 283 à 330 équins ;
- 5.490 à 14.977 asins
et les effets de la transhumance des animaux des zones déficitaires.

Ce déséquilibre fait qu'aujourd'hui, les zones de pâturage sont les jachères et la brousse en disparition, occasionnant des transhumances prolongées des animaux du cercle vers les pays voisins (Côte d'Ivoire, Burkina-Faso).

Les espèces fourragères de bonne qualité qui faisaient la fierté des éleveurs du cercle ont disparu pour laisser place à des aliments grossiers moins nutritifs tels que le « ngasan et le N'Golo».

Face à cette situation le service de l'élevage et la CMDT ont entrepris des actions visant à :
- une meilleure intégration agriculture - élevage pour une exploitation rationnelle des ressources naturelles ;
- une diminution progressive de la pression des animaux sur l'écosystème par une exploitation rationnelle des productions animales ;
- la dynamisation de la filière de commercialisation du bétail ;
- au maintien de la productivité du sol par la production d'une fumure organique en quantité et de qualité dans les parcs améliorés, étables fumières, fosses fumières et compostière (Tableau 3.6) ;
- la gestion rationnelle du troupeau (embouche bovine et ovine, Tableau 3.7) ;
- la promotion de l'aviculture en milieu rural ;
- la gestion des parcours et pâturages.

La mise en oeuvre de ces objectifs a abouti à :
- un démarrage de l'intensification des cultures fourragères ;
- la construction de parcs améliorés, étables fumières, fosses fumières et compostières en vue de la production de la fumure organique ;
- au creusement de puits et surcreusement de mares, installation de pompes solaires, construction de petits barrages et de retenues d'eau ;
- la construction de comité d'accueil au niveau de chaque village pour atténuer les nombreux problèmes entre éleveurs et agriculteurs ;
- la mise en route d'une politique timide de destockage du cheptel ;
- un suivi sanitaire régulier et rapproché qui a contribué à circonscrire et à éradiquer certaines maladies animales (peste, péripneumonie, trypanosomiase, etc.). Les maladies persistantes actuellement sont les trypanosomiases et la péripneumonie ;
- la délimitation de certaines zones de pâturage (3000 ha de pâturage à Koloni) et des pistes de parcours (piste de Kaola débouchant sur le cercle de Sikasso) ;
- les perspectives d'avenir consistent au maintien du capital productif (boeuf de labour) ;
- à la protection de l'écosystème par une meilleure gestion du troupeau des pâturages et parcours ;
- à la rentabilisation des productions animales par l'organisation adéquate d'une filière de commercialisation et une alimentation adaptée aux différents types de production (lait, viande, oeuf) ;
- à la formation de relais villageois pour un transfert de compétences ;
- au désengagement du service élevage dans la santé animale au profit du privé (jeunes diplômés régulièrement installés et inscrits à l'ordre des vétérinaires) pour se consacrer pleinement à la production animale et à la gestion des pâturages qui avaient été laissées pour compte.

Tableau 3.6. Production fumure organique 1993/94.


Parc amélioré

Nombre de
E.F.

Nombre
expl.
Nombre
P.A.

F.F
Compostière

ZEBALA
523
537

1449
1890
1
MOLOBALA
1037
903

276
2467
3
M'PESSOBA
456
456

760
382
5
KOUTIALA
1919
1221

321
2452
-
TOTAL REGION
5972
4449

4919
9050
116

Tableau 3.7. Production de beliers tabaski selon les campagnes.

Secteurs
Campagne
Nombre de producteurs
Nombre de beliers
MOLOBALA

91/92
92/93
41
20
42
40
ZEBALA

91/92
92/93
43
40
44
40
KOUTIALA


91/92
92/93
93/94
66
20
20
66
22
22
M'PESSOBA
93/94
20
22
Total Cercle
-
270
298

3.2.3. Dans le domaine de la foresterie

La sécheresse qui s'est abattue sur notre pays depuis les années 1970, la démographie galopante de la population du cercle de Koutiala et les effets induit du développement des cultures de rente ont fortement influencé la protection de l'environnement. Face à cette inquiétude le service des Eaux et Forêts ont entrepris de nombreuses actions entre autres la production des plants, le reboisement, l'aménagement des forêts classées, la vulgarisation de pisciculture et de l'agriculture moderne.

La production de plants
Depuis 1986, la tendance est le désengagement progressif du service forestier pour laisser place aux privés. De 1986 à nos jours (1994), plus d'une trentaine de producteurs privés produisent plus de 100.000 plants tous les ans.

La pépinière du cercle gérée par le comité local de développement est aussi en voie de privatisation.

La production des plants toutes espèces confondues du cercle de Koutiala pour l'année 1994 est de 137.800 plants.

Le reboisement
A cause de l'insuffisance du bois de service dans les terroirs villageois, l'Eucalyptus tient la première place comme espèce plantée tous les ans ont 90 % d'Eucalyptus . les plantations privées sont également les plus importantes en nombre. Les besoins exprimés en 1994 s'élèvent à 107,9 ha.

L'exploitation des forêts
La couverture végétale du cercle jugé déjà insuffisante à cause de la forte pression démographique et des systèmes de production est fortement entamé après les événements de 1991. C'est ainsi que les populations ne sont livrées à des défrichement sans autorisation, à des exploitations incontrôlées en épargnant ni le karité ni le néré. L'exploitation du charbon a vu naître une autre catégorie d'exploitants qui ne cherchent qu'à s'enrichir sans trop se soucier de la protection de l'environnement.

Le nouveau contexte socio-politique rend difficile le contrôle par les agents forestiers. Pour limiter les actions dévastatrices, on assiste à une organisation progressive des villageois pour protéger leurs terroirs. Ainsi après la zone Siwaa, 11 autres villages se sont organisés pour protéger leur terroir commun « U Sigignon » (protégeons notre terroir en Minianka). En plus de ces cas, certains villages s'organisent individuellement à interdire l'exploitation du charbon dans leur terroir.

L'aménagement des forêts classées
Sur les trois Forêts classées existantes dans le cercle de Koutiala (Koba, M'Pèssoba et Zangasso), le plan d'aménagement de deux sont en cours d'élaboration (Koba et M'Pèssoba).

La vulgarisation de la pisciculture et de l'agriculture
La politique de la pisciculture est en train de se développer au niveau des populations qui y trouvent un intérêt grandissant. Ainsi au niveau de M'Pèssoba 5 étangs ont été aménagés dont 4 déjà empoissonnés en 1994.

L'apiculture, traditionnellement pratiquée depuis des temps immémoriaux se modernise depuis quelques années avec l'introduction de ruches Kenyanes avec des équipements de récolte. Durant la campagne 1993/94 plus de 100 ruches ont été installées.

Les projections d'ici l'an 2000 sont axées essentiellement sur 7 :
- l'aménagement effectif des trois forêts classées avec la participation des populations ;
- la sensibilisation des populations pour les amener à mieux gérer leur terroir (au moins le tiers des villages à être maître de leur terroir) ;
- le développement de la pisciculture et de l'agriculture moderne dans tout le cercle ;
- le désengagement effectif du service forestier dans la production des plants et le reboisement au profit de la population. Ainsi le service forestier ne s'occupera que l'appui conseil et de la coordination des actions.

3.2.4. Dans le domaine du maintien du potentiel productif

Jusqu'en 1980, apparemment il n'y avait pas de problème majeure en matière de dégradation des ressources naturelles. Les rendements à l'ha ne faisaient qu'augmenter suite à la performance des techniques mises à la disposition des paysans. C'est à partir de 1980 que les paysans ont commencé à sentir les problèmes de dégradation, voire une baisse du rendement à l'ha et le surpâturage dans les différents terroirs villageois du cercle de Koutiala.

Pour faire face à cet état de fait, la CMDT a fait appel au DRSPR de Sikasso (Département de Recherche pour les Systhèmes de Production Rurale) pour des recherches sur les techniques anti-érosives et de conservation des sols et des eaux maîtrisables et transférables aux paysans (1980-1985).

A partir de 1986, suite aux résultats obtenus par le DRSPR en la matière, un programme de l.a.e. et de conservation des sols fut mis sur pieds, programme qui a évolué vers la gestion des ressources naturelles à partir de 1989. Un schéma type d'aménagement du terroir selon les topo-séquences d'un terroir villageois sert de base pour ce programme (Tableaux 3.8 et 3.9 ; Fig. 3.1 et 3.2).

L'échelle d'intervention est le terroir villageois et l'approche utilisée est l'approche-village où des actions collectives et individuelles sont prévues. Elle consiste en une adhésion populaire au programme d'aménagement de terroir et en dissémination des connaissances de façon homogène.

Dans chaque village retenu pour le programme au moins une équipe technique lutte anti-érosive est créée pour servir de relais entre les paysans et les structures d'encadrement. Elle s'occupe de la formation des villageois et du suivi évaluation des actions menées en matière de l.a.e. et conservation des sols (auto-évaluation paysanne).

Tableau 3.8. Situation des villages encadres en L.A.E. et aménagement des terroirs dans le cercle de Koutiala.


Nombre de villages L.A.E. par campagne
Secteurs
CMDT du
cercle
Koutiala
Nombre de
vil. adm. et
non adm.
86/87


87/88


88/89


89/90


90/91


91/92


92/93


93/94


moy./an


Koutiala
M'Pèssoba
Molobala
Zébala
118
81
48
58
-
1
4
-
1
2
5
2
3
4
7
4
10
10
14
15
17
24
20
21
23
29
27
28
31
35
27
29
33
35
28
32
4,1
4,4
3,5
4,0
Total
305
5
10
18
49
82
107
122
128
16

* Si le rythme moyen d'augmentation du nombre de villages l.a.e. est maintenu à 16 villages par an au niveau de Koutiala, en l'an 2.000, le nombre de villages à encadrer en l.a.e. sera porté à 224 villages (soit 96 nouveaux villages).

* Pour que tous les villages du cercle soient encadrés en l.a.e. d'ici l'an 2000, il faut en moyenne prendre par an 30 nouveaux villages (soit 8 nouveaux villages l.a.e. par an et par secteur).

Figure 3.1. Schéma directeur d'aménagement anti-érosif d'un sous-terroir.

Figure 3.2. L'ordre dans l'exécution des travaux anti-érosifs au niveau village.

Tableau 3.9. Quelques réalisations physiques le L.A.E. de 1986 à 1993.

Désignation
86/87
87/88
88/89
89/90
90/91
91/92
92/93
Total
Moyenne/
Village/an
Total en
l'an 2000
Lignes en cailloux (m)
Haies vives (m)
Barrières en cailloux
(nbre)
Fascines (nbre)
Parcs améliorés (nbre)
Fosses fumières (nbre)
Foyers améliorés
(nbre)
Reboisement
(nbre plants)
2 765
6 934
-

-
-

-

1 101

10 173

11 005
31 516
249

184
221

-

4 591

172 282

4 788
94 158
90

234
126

558

1 890

37 206

23 863
184 044
735

833
637

2 499

6 909

49 147

46 905
176 720
390

686
3 343

604

889

52 164

95 740
336 365
738

910
897

1 456

3 570

115 384

89 385
334 524
1 726

7 944
1 645

1 767

4 365

114 633

274 451
1174261
3 928

10 791
6 869

6 884

23 115

395 989

698
2 692
13

62
13

14

34

896

859936
3146948
16 016

76 384
16 016

17 248

41 888

1 103 872

Remarque: Ces chiffres ne prennent pas en compte les réalisations des villages non lutte anti-érosive.

La stratégie adoptée en matière de maintien du potentiel productif (MPP) se résume en la conduite des activités de production rurale s'insérant dans une démarche méthodologique de gestion des ressources naturelles visant le maintien du capital productif et la protection de l'écosystème.

Cette démarche est évolutive, débutant par un diagnostic léger des potentialités et des contraintes du milieu naturel, se poursuivant par l'introduction de techniques simples de l.a.e. et d'aménagement de sous-terroirs.

Elle peut s'élargir à un diagnostic plus complet prenant en charge l'ensemble des problèmes d'aménagement et de gestion des ressources naturelles au niveau du terroir villageois, et se traduisant par l'élaboration d'un plan pluriannuel d'aménagement du terroir décidé par les populations.

Au niveau de cette stratégie, les mesures de gestion des ressources naturelles (GNR) adaptées aux réalités écologiques et sociales sont de 3 ordres :
- mesures d'aménagement et de gestion des terres de culture ;
- mesures d'intégration agriculture-élevage ;
- mesures d'aménagement et de gestion de la zone sylvo-pastorale.

Ces mesures sont d'ordre technique et socio-organisationnelle.

Les mesures techniques sont de types mécaniques et biologiques.

Cette stratégie est sous-tendue par une démarche d'animation villageoise devant aboutir à la formation, participation et responsabilisation des villageois aux chantiers de l.a.e. et GRN dans un contexte de maintien du potentiel productif.

A partir de 1990, le programme National de Lutte Contre la Désertification (PNLCD) est venu renforcer les actions déjà menées dans le cercle de Koutiala à travers un projet zone test de GRN.

Des Comités de gestion ont été alors installés dans 6 villages retenus dans ce programme. Ici l'accent est surtout mis sur l'élaboration du schéma d'aménagement du terroir de chacun des 6 villages, schémas qui constitueront la carte de visite de ces villages en vue de leur développement rural intégré. Des actions d'encrage ont été retenues afin de maintenir le souffle des villageois pour la réalisation de ces schémas d'aménagement.

Des cadres de concertation à différents niveaux autour des programmes de GRN sont mis en place en vue d'une harmonisation des approches et une méthode d'intervention vers le paysannat (siwaa, PNLCD, rencontres trimestrielles autour des thèmes jugés d'actualité et importantes, etc.).

Dans l'exécution de ce programme de maintien du potentiel productif, les contraintes actuelles qui entravent l'exécution des actions programmées sont les suivantes :
- forte tension sociale conduisant à l'éclatement des A.V. (Associations villageoises) : difficulté d'exécution des actions collectives ;
- système de suivi-évaluation ne prenant pas suffisamment en compte l'aspect qualitatif des réalisations physiques ;
- faible niveau de maîtrise des relais villageois et des responsables villageois en matière d'organisation et de planification des actions aussi bien sur un plan annuel que pluriannuel ;
- faible niveau d'appréciation des paysans en la nécessité de passer de la lutte anti-érosive à la gestion des ressources naturelles et d'élaborer par conséquent un schéma d'aménagement par terroir dont l'exécution doit être pluriannuelle ;
- manque de formation de certains agents du C L D en matière de GRN alors qu'ils sont chargés d'exécuter ce programme ;
- la vitesse de réalisation des actions en deçà des prévisions et des capacités des villageois ;
- manque de cadre juridique adapté : code forestier, code pastoral, code foncier.

Comme perspectives pour l'an 2000 on peut retenir les prévisions suivantes :
- encadrer les villages du cercle en l.a.e. et aménagement de terroir à 80 % ;
- multiplier par deux, la vitesse de réalisation des mesures anti-érosives et d'aménagement de terroir ;
- la prise de conscience par l'ensemble de la population du cercle de Koutiala des phénomènes de dégradation de l'environnement et des possibilités d'y remédier ; 100 % d'ici l'an 2000 :
- la diversification des méthodes de sensibilisation pour faire parvenir le message auprès de la population rurale, l'utilisation des canaux d'information traditionnels : de 3 en 1994 (Radio, journal jekabaara, encadrement) on va à 6 (+ télévision + canaux traditionnels + foires hebdomadaires) en l'an 2000 :
- coordination entre les services (éducation, santé, CMDT, Eaux et Forêts, Elevage, etc.) pour la transmission des messages : 4 messages à passer auprès des villageois par les autres services d'ici l'an 2000 :
- l'adoption progressive de façon continue par un pourcentage significatif des exploitations des techniques qui conservent, restaurent et qui reduisent la pression sur l'utilisation des ressources agro-sylvo-pastorales : arriver à 75 % des exploitations des villages l.a.e. qui pratiquent au moins une mesure et 25 % plus de 3 d'ici l'an 2000 ;
- amélioration des compétences de l'encadrement et des cadres villageois pour vulgariser les techniques au niveau des exploitations individuelles :
. niveau encadrement : de 70 % en 1994 à 90 % en l'an 2000 pour au moins 2 formations reçues ;
. niveau paysans : pour au moins 3 formations dans des villages l.a.e. de plus de deux ans ;
- mettre un accent sur l'entretien des dispositifs déjà réalisés : arriver à 80 % des lignes en cailloux et barrières correctement entretenues en l'an 2000, 100 % pour les barrages ;
- l'adoption progressive de façon continue par un pourcentage significatif des collectivités villageoises des techniques pour conserver, restaurer et améliorer la productivité des ressources agro-sylvo-pastorales dans le terroir villageois :
. réalisations collectives dans les anciens villages l.a.e.: de 0,74 hoJr/hab en 1992/1993 à 1 hoJr/hab en l'an 2000,
. nombre de villages ayant élaboré un plan pluriannuel d'aménagement de terroir villageois : de moins de 10 en 1994 à 50 en l'an 2000,
- la formation d'une équipe technique l.a.e. villageoise et l'élaboration d'un plan d'aménagement l.a.e. dans 96 villages nouveaux : 224 ETV ou plus d'ici l'an 2000 ;
- la définition et l'application par les collectivités villageoises des mesures de caractère légal et organisationnel pour la gestion durable des ressources agro-sylvo-pastorales :
. nombre villages l.a.e. ayant mis en place une nouvelle réglementation locale concernant la GRN : 30 % des villages l.a.e. d'ici l'an 2000 ;
. nombre de villages l.a.e. avec plan pluriannuel d'aménagement et de GTV : 24 villages d'ici l'an 2000.

3.2.5. Dans le domaine d'organisation du monde rural

Les activités de production du cercle de Koutiala reposent essentiellement sur la culture cotonnière génératrice de ressources importantes, non seulement pour le producteur, mais aussi représente une part importante dans l'économie nationale. Pour mener à bien et pérenniser cette fonction de production, plusieurs structures et stratégies ont été mises en place au niveau du monde rural. Dans ce cadre nous pouvons noter les associations villageoises, les tons villageois, les caisses d'épargne et de crédit, des associations spécialisées (association des forgérons, des ménuisiers, etc.), syndicat des producteurs. Il faut ajouter à ceux-ci des coopératives d'approvisionnement et ou spécialisées et d'autres actions soutenues par les partenaires au développement.

En effet, les associations villageoises dont l'action a démarré en 1974 dans la Région CMDT de Fana, se sont étendues à la Région CMDT de Koutiala en 1975. La considération d'un village comme AV n'intervenait que quand le système de production était maîtrisé par tous les producteurs (avoir au moins cinq néo-alphabètes, bonne valorisation du travail par un haut niveau de productivité, bonne maîtrise de la capacité d'endettement, autosuffisance alimentaire, niveau de technicité agricole satisfaisant). D'une AV par village au départ, nous en dénombrons plusieurs dans le même village suite à de profondes crises de fonctionnement. Actuellement tous les villages de Koutiala sont érigés en AV.

Pour consolider les acquis de ces Associations et créer une saine émulation entre elles, les plus performantes devaient être érigées en Tons villageois.Selon la loi ndeg.88-62/AN/RN du 10 Juin 1988 l'AV est une organisation précoopérative à caractère transitoire dont la finalité est de se transformer en Ton Villageois.

Tout comme les AV, les TV sont aussi confrontés aux problèmes de fonctionnement. Cependant les activités menées par ces structures (345 AV et 20 TV) depuis leur création à nos jours, ont permis de faire d'importantes réalisations, entre autres :
- 222 centres d'alphabétisation ;
- 44 cases d'accouchement ;
- des infirmières et maternités ;
- 36 magasins de stockage en dur, des écoles ;
- du matériel de commercialisation ;
- 331 forages ;
- 228 puits améliorés ;
- parcs de vaccination ;
- des plantations villageoises ;
- des moyens de déplacement ;
- des caisses d'épargne et de crédit.

Malgré la maîtrise des objectifs de départ, et les résultats spectaculaires, ces structures (Associations villageoises et Tons villageois) connaissent aujourd'hui de multiples problèmes (mésentente, mauvaise gestion des biens collectifs, problèmes de personnes et de chefferie, absence de texte pour le fonctionnement intérieur des AV, manque d'arbitrage de la CMDT dans les problèmes de gestion, inefficacité des bureaux, considérations politiques) ce qui occasionne un éclatement démesuré de ces structures voire la dislocation de la cohésion sociale, trait dominant de notre entité villageoise.

Les autres organisations non moins importantes interviennent dans la mise en oeuvre des actions de développement (coopératives pour l'approvisionnement en produits de première necessités et pharmaceutiques, les associations pour les activités diverses, le syndicat pour la défense des intérêts des producteurs). Toutes ces structures sont touchées par les effets induits des problèmes au niveau des AV et TV.

Pour cicatriser cette plaie béante dont souffre le monde rural Koutialais, un séminaire atelier a réuni les producteurs, syndicat, administration, partenaires au développement et services techniques durant deux jours (30 et 31 Mai 1994) pour réfléchir sur la consolidation des AV et TV ainsi que sur l'inter-relation des activités professionnelles agricoles. Ces journées de réflexion qui constituent un point de départ de recherche des solutions concertées aux problèmes, projettent dans l'avenir des actions à entreprendre dont :
- l'élaboration de règlement intérieur pour chaque AV ;
- la négociation d'un cadre juridique pour les AV ;
- l'humanisation de l'éclatement des AV mères en tenant compte de certains critères techniques ;
- la mise en place d'un système de gestion adéquat et transparent ;
- la collaboration et la concertation entre les différents intervenants ;
- la formation des producteurs et des responsables ;
- l'introduction d'un système d'indemnisation des responsables ;
- l'instauration d'un système d'information permanente.

3.3. Conclusions

Au vu des résultats, contraintes et perspectives au niveau du cercle de Koutiala en matière de développement rural intégré, force est de reconnaître qu'il y a en des progrès substantiels en matière de maîtrise des techniques et d'autosuffisance alimentaire.

Il y a eu une forte mutation des systèmes de production, ce qui a engendré une augmentation du niveau de vie du paysannat. Mais cela ne s'est pas fait sans problèmes, car ce progrès a été fait au détriment de l'environnement qui s'est vu fortement dégradé au point de remettre en cause les acquis (insuffisance des terres de culture érosion du sol, surpâturage, dégradation des forêts etc.).

Heureusement le danger a été perçu à temps et un recentrage des activités a été entamé pour concilier les besoins de production et les besoins de conservation des sols et des eaux sur la base d'une stratégie de gestion rationnelle des ressources naturelles dans un contexte de maintien du potentiel productif.

Cette stratégie démarrée depuis 1986 est en perpétuelle adaptation en fonction des réalités des zones agro-climatiques et socio-économiques du cercle de Koutiala.

Les perspectives envisagées laissent voir l'importance des activités (techniques et socio-organisationnelles) à mener d'ici l'an 2000 pour circonscrire les contraintes soulignées.

4. Structure d'un modèle de simulation du développement agricole à Koutiala

T.E. Struif Bontkes

Département de l'Agronomie Générale et Régionale
Université Agronomique de Wageningen

4.1. Introduction

L'insécurité alimentaire est un problème qui menace les populations dans de vastes régions en Afrique. Généralement, on constate que la croissance démographique en est la cause ; surtout dans les pays où il n'y a pas d'autres sources de revenu à part l'agriculture. Dans les régions où il y a des terres en abondance, la croissance démographique est compensée par une expansion de la superficie cultivée. Dans une telle situation, la productivité du sol est maintenue par les jachères de longue durée. Toutefois à la longue, la densité de la population peut atteindre un point où il n'est plus possible de maintenir ce type de jachère à cause du manque de terres. Afin d'assurer une alimentation suffisante à sa famille, un paysan peut raccourcir la durée de la jachère. Mais cette pratique favorise un appauvrissement de la terre. Par conséquent, le paysan sera tenté d'agrandir la superficie cultivée pour maintenir la production au même niveau, ce qui diminuera davantage la productivité du sol.

Une possibilité de faire face à cette situation est l'intensification de l'agriculture, c'est-à-dire d'y allouer plus de travail et/ou d'intrants (Binswanger & McIntire, 1987) ou même un changement total de son système de production. Cependant ceci n'est possible que si c'est faisable et profitable.

Qu'une agriculture durable soit possible, dépend surtout des circonstances locales et des paysans eux-même, mais il y a aussi des possibilités pour le gouvernement d'influencer le développement par exemple par les prix des produits et des intrants, la technologie, l'infrastructure routière, les services vétérinaires, la vulgarisation etc.

Pour que le gouvernement choisisse les moyens appropriés pour stimuler une agriculture durable, il ne suffit pas de connaître la situation actuelle mais il faut également comprendre la dynamique du développement dans la région afin d'éviter que les interventions sortent des effets négligeables, voire indésirables.

Cette étude a pour objectif méthodologique le développement des méthodes qui permettent de mieux comprendre la dynamique du développement agricole au niveau régional afin d'aider le gouvernement ou d'autres institutions à planifier les interventions rurales qui visent à réaliser une agriculture durable.

La méthodologie qui est utilisée dans cette étude est la simulation dynamique. La Simulation Dynamique permet de reproduire les développements dans une région durant un certain nombre d'années (par exemple de 1975 jusqu'à 1990). Elle est basée sur des données qui décrivent la situation de départ et sur la connaissance des processus. Si le modèle reproduit à peu près le même comportement que la réalité, on peut étendre la période de simulation jusqu'à par exemple l'année 2000 pour mieux comprendre les développements futurs. En changeant par exemple quelques paramètres, le prix de l'engrais, un tel modèle permet de prédire les effets de cette intervention sur les développements dans cette région.

Cette méthode de la modélisation peut être considérée comme complémentaire à la méthode du PSS : la Programmation Linéaire à Buts Multiples (PLBM). Tandis que le PLBM a pour objectif d'identifier des options pour une agriculture durable, la méthode de la Simulation Dynamique peut être utile à explorer les possibilités, de réaliser ses options à partir de la situation actuelle.

La région qui a été choisie comme exemple est le cercle de Koutiala, parce que dans cette région la durabilité de l'agriculture est menacée par la croissance de la population humaine et animale.

4.2. Description générale de la situation agricole dans le cercle de Koutiala

Cercle de Koutiala est situé dans le Sud-Est du Mali.

La superficie du cercle est 9100 km2. Le Tableau 4.1 montre la croissance de la population dans le cercle.

Tableau 4.1. Le développement de la population dans le cercle de Koutiala (Annuaire Statistique Région de Sikasso, DNSI, 1991).


1976
1987
1991
Population
200.019
282.328
304.557

En 1987 78 % de la population résidait en milieu rural (Sissoko et al., 1994).

Le climat se caractérise par une alternance de saison sèche et de saison pluvieuse entre Juin et Octobre. La pluviométrie moyenne est de 800 mm an-1 avec un écart type de 200 mm (Berthe et al. (1991), de Steenhuijsen Piters (1988), Sissoko et al. (1994)).

Le cercle de Koutiala est constitué de vastes surfaces sommitales cuirassées, séparées par de hauts et bas glacis, des glacis d'accumulation et des bas-fonds. Généralement les sols sont fortement dégradés (Berthe et al., 1991) ; Jansen & Diarra, 1992).

Selon Leloup & Traoré (1989) environ 50 % des terres sont cultivables et 45 % des terres cultivables sont exploités effectivement.

Les paysans de Koutiala sont au premier rang des cultivateurs. Les cultures les plus importantes sont : le mil, le sorgho, le coton, le maïs, le niébé et l'arachide. Le mil et le sorgho sont cultivés pour la consommation familiale, tandis que le coton, le maïs et l'arachide sont considérés comme des cultures de rente.

Tableau 4.2. La répartition des sols dans le cercle de Koutiala (Sissoko et al., 1994).


superficie (km2)
Argile limoneux inondable
Limon gravillonnaire (L1g)
Limon argileux (LA1)
Limon argileux (LA4)
Limon argileux gravillonnaire (LA1g)
Limon limono-argileux (LLA-1)
Limon limono-argileux (LLA-3)
Limon sableux
272
3806
2430
24
1834
154
274
282

Tableau 4.3. Le développement du nombre d'exploitations (Enquête Agricole 76/77 ; Berthe et al., 1991).


Nombre d'exploitations
1976
1983
1984
1985
1986
1987
1988
21.064
28.928
29.823
31.207
32.715
34.366
34.955

Tableau 4.4. La répartition des exploitations selon la superficie cultivée en 1976 (Enquête agricole 1976/77).

0 - 4 ha
4 - 10 ha
> 10 ha
8.425
10.216
2.422

Grâce à la culture du coton et aux crédits accordés par la CMDT, beaucoup de paysans ont pu s'acheter des boeufs de labour et l'équipement d'attelage. Ce qui leur a permis d'étendre leur superficie cultivée. Les paysans qui ont un revenu dépassant leur besoin, ont investi le surplus dans un troupeau par manque d'autres entreprises. Si au fil des années, les besoins de ces paysans dépassent leurs revenus, ils peuvent vendre quelques animaux pour satisfaire leurs besoins de consommation. La possession de bétail est maintenant le critère le plus important pour classifier les exploitations.

Tableau 4.5. La répartition des exploitations selon la classification de DRSPR en 1992 (de Steenhuijsen Piters, 1988) ; DRSPR (?)).


Type A :
Exploitation équipée avec un troupeau
9.002
Type B :
Exploitation équipée sans troupeau
7.818
Type C :
Exploitation non-équipée, qui emprunte une équipe
2.730
Type D :
Exploitation non-équipée
530

L'objectif de cette étude est de trouver des moyens pour assurer une agriculture durable, c'est-à-dire une agriculture qui est capable d'assurer un revenu raisonnable à la population de la région (critères : revenu > dépenses familiales souhaitées) sans diminuer la productivité du sol (critères : niveau de C, N, P pH et l'épaisseur de la couche de sol ne doit pas diminuer).

En plus, l'attraction de la région doit être telle que l'émigration ne surpasse pas l'immigration. Parce que, bien qu'il soit plus facile de nourrir une petite population dans une vaste région, la population émigrée dans ce cas chargera d'autres régions et peuvent par conséquent détériorer la situation de ces régions. Ici le nombre d'exploitations, l'immigration et l'émigration servent comme critères.

Tableau 4.6. L'évolution du nombre d'exploitations, de la superficie de coton et du nombre de boeufs de labour et d'autres bovins depuis 1975.


Nombre
d'exploitations
Superficie de
coton
Productivité
(kg ha-1)
Boeufs de
labour
Autres boeufs
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
12.570
17.214
17.771
17.552
17.621
16.084
15.494
15.052
15.784
16.277
16.676
16.703
17.008
17.701
18.637
19.021
18.783
19.287
19.260
23.976
30.362
33.424
36.072
36.950
32.051
28.115
36.589
36.835
36.405
41.658
40.695
35.982
44.321
40.525
44.010
43.778
50.987
40.346
1.167
1.267
1.165
1.095
1.199
1.134
1.294
1.298
1.357
1.122
1.125
1.308
1.294
1.317
1.154
1.376
1.250
1.344
1.234
23.515
26.206
20.046
31.911
31.989
32.926
32.890
33.949
38.386
38.750
26.943
45.622
46.418
52.271
54.966
58.658
64.091
79.555
70.047
0
0
0
0
12.586
22.850
112.929
101.385
102.073
95.538
103.030
98.616
120.586
136.951
-
192.135
207.525
213.457
215.307

La période étudiée est la période de 1975-2000. La période de 1975-1990 est étudiée pour la calibration et validation du modèle, ensuite on essayera de connaître les conséquences des interventions jusqu'à l'an 2000. Cependant cet article se limite à la première période ; si le modèle s'est avéré assez valable, les possibilités pour l'avenir peuvent être connues.

4.3. Description du modèle

4.3.1. Introduction

Le DRSPR discerne quatre types d'exploitations agricoles, basées sur la possession du matériel agricole et des boeufs (Tableau 4.5).

Cependant, pour le moment, seulement trois types d'exploitations sont discernés dans le modèle :

A. Extensif
Le paysan ne cultive que pour l'autosuffisance. Il ne possède pas de boeufs et n'utilise pas d'intrants comme de l'engrais.

B. Semi-intensif
Le paysan cultive tout d'abord afin d'assurer la nourriture pour sa famille et ensuite pour gagner de l'argent. Il cultive du mil, du maïs et du coton. Il possède deux boeufs pour la traction et utilise leur fumier pour le maintien de la fertilité du sol. Le fourrage des animaux est constitué d'herbes et des produits ligneux du parcours, des sous-produits agricoles (par exemple de la paille du mil) et une quantité restreinte du fourrage concentré (le tourteau de coton). Il cultive 6,5 ha.

C. Intensif
Le paysan cultive non seulement pour assurer son autosuffisance mais aussi que pour gagner de l'argent (maïs et coton). Il possède des boeufs et de l'engrais chimique pour les parcelles cultivées. Le fourrage des animaux est constitué d'herbes et des produits ligneux du parcours, des sous-produits agricoles et assez de tourteau de coton pour assurer une bonne croissance des animaux. Il cultive 15 ha.

D'autres types d'exploitation, comme les types qui sortent de l'étude du projet PSS comme des types optimaux, pourraient être ajoutés.

N.B. Il est supposé que la transhumance ne joue pas un rôle important dans cette région.

Bien que le PSS discerne 8 types de sol dans le cercle de Koutiala, pour cette étude, seulement 3 types sont retenus : LA1, LA1g et Lg1. De ces types La1 et LA1g sont considérés comme cultivables.

On constate que les paysans préfèrent cultiver le type LA1, mais comme ils ne peuvent pas tout à fait éviter les autres deux types, 80 % de leur superficie cultivée consiste en LA1, 10 % en LA1g et 10 % en L1g. La superficie qui n'est pas cultivée est disponible pour la pâture. Quand toute la superficie de lA1 est occupée, les paysans occupent LA1g et puis L1g.

La description du modèle se fera par étapes.
A chaque étape une partie du modèle (un module) est décrite par un diagramme causal, représentant les relations principales entre les variables par des flèches. Ensuite ces relations sont expliquées. Comme les modules sont liés l'un à l'autre, dans chaque module il y a des variables qui sont déterminées dans d'autres modules. Ces variables sont indiquées par une ligne autour.

Comme un des objectifs du gouvernement est d'arrêter la dégradation des terroirs, le gouvernement doit prendre des mesures qui encouragent les paysans de changer leur méthode de culture pour une méthode qui conserve les terroirs. Donc il est très important de disposer d'une hypothèse sur la façon dont les paysans réagissent aux changements exogènes (par exemple changement des prix) ou endogènes (par exemple à un déficit alimentaire).

Il est supposé que le comportement d'un paysan soit gouverné dans une grande mesure par le désir de pourvoir les membres de sa famille de la nourriture, des vêtements etc., ce qu'il essaie de réaliser par la production des cultures vivrières et gagner des revenus par la vente de sa production. C'est la raison pour laquelle le premier module (4.3.2 : l'économie du paysan) décrit la façon dont le paysan essaie d'assurer l'alimentation de sa famille et les revenus pour pourvoir satisfaire les besoins.

Ensuite quelques modules seront présentés, ils décrivent les relations qui jouent un rôle dans la production des cultures (4.3.3) : la détermination de la productivité des cultures, la dynamique de l'azote, du phosphore, de l'eau et de l'acidité du sol. Puis les relations qui sont décrites jouent un rôle dans le système de production animale (4.3.4) : il s'agit ici de la dynamique du troupeau, de la productivité animale et de la production des pâturages.

Tandis que ces processus sont décrits au niveau ferme, les processus au niveau de la région (4.3.5) sont aussi importants, parce que la productivité du sol est affectée par l'extension des terres cultivées et par l'agrandissement du troupeau.

4.3.2. L'économie du paysan

Le revenu brut est déterminé par les revenus provenant de la vente des produits agricoles et du bétail, des frais de production, de l'intérêt et des termes si le paysan à emprunter de l'argent. Il a été constaté que les membres de la famille ne travaillent pas hors de l'exploitation, à moins que la famille du paysan n'a pas assez à manger. En ce cas les travaux champêtres de ce paysan seront retardés, causant une diminution de la productivité par hectare (de Steenhuijsen Piters, 1988).

La vente des produits agricoles dépend de la production du maïs, du coton et du mil (pour le moment les autres cultures comme le niébé et l'arachide ne sont pas considérées). En plus il est remarqué que la vente des produits comme le lait, le karité et le bois donne un revenu additionnel (vente d'autres produits). En ce qui concerne le mil, le paysan ne vend que la quantité qui reste après consommation et pertes de stockage. La consommation du mil dépend du nombre de bouches à nourrir (besoin alimentaire) mais peut être restreinte par la production totale.

La production dépend de la production par ha (prod ha -1) et de la superficie de ces cultures.

La superficie du mil est déterminé par le besoin alimentaire. Bien que la quantité minimale du mil par tête soit 250 kg an, les paysans compte d'un besoin plus élevé (de Steenhuijsen Piters, 1988). Il a été constaté que le type A prend moins de risque que les autres types, si bien que le type A cultive une superficie de mil pour avoir 750 kg par bouche, le type B 500 kg et le type C pour avoir 375 kg par ha.

Figure. 4.1. Diagramme causal, représentant les variables principales et leurs relations, qui déterminent l'économie du paysan.

La superficie du mil détermine la superficie qui reste pour le coton et le maïs. La division de cette superficie dépend des soldes escomptés par ha de ces deux cultures. Le solde escompté du maïs est basé sur les soldes des trois années passées et le prix de cette année, parce que les prix du coton est annoncé avant le temps de semis.

La façon dont la production par ha (prod ha-1) est déterminée, sera expliquée plus tard.

La vente des boeufs (vente régulière) est déterminée par le nombre de boeufs qui sont vendus normalement et les prix des boeufs.

Les frais de production consistent en frais de culture et en frais d'élevage. Les frais de culture sont les dépenses pour l'engrais, les produits phytosanitaires, les semences et le remplacement des outils, qui dépendent du type de paysan et des superficies des cultures (Tableau 4.7). On remarque que les paysans n'engagent pas de main-d'oeuvre externe.

Les frais d'élevage consistent en frais vétérinaires, en coûts du fourrage concentré et, si nécessaire, en remplacement des boeufs de labour.

Les dépenses pour l'intérêt et pour le paiement des termes dépendent du montant que le paysan a dû emprunter pour couvrir les dépenses familiales. Ces dépenses familiales peuvent augmenter si la production de mil ne suffit pas pour couvrir les besoins alimentaires. Si le revenu brut ne suffit pas pour couvrir les dépenses familiales, le paysan du type C peut vendre des animaux (vente forcée) afin d'obtenir de l'argent. S'il n'a pas (assez) de boeufs, il peut emprunter un montant. Cependant, ce montant ne peut pas surpasser un certain niveau qui est déterminé par les biens du paysan.

Tableau 4.7. Les intrants par type de paysan (selon de Steenhuijsen Piters, 1988), van Duivenbooden et al., 1991).


Type A
Type B
Type C
Coton
Urée (kg ha-1)
Complexe coton (kg ha-1)
Prod. phyto (litres ha-1)
Semences (kg ha-1)

0
0
0
0

25
75
7,5
10

50
150
15
10
Maïs
Urée (kg ha-1)
Complexe maïs (kg ha-1)
Semences (kg ha-1)

0
0
100

25
50
100

50
100
100
Mil
Urée (kg ha-1)
Complexe mil (kg ha-1)

0
0

10
10

25
25
Frais vétérinaires (Fcfa animal-1)
0
56
280
Fourrage concentré (kg animal-1)
0
10,6
53

Le revenu net est le revenu qui reste du revenu brut après avoir déduit les dépenses familiales. Les paysans du type C utilisent un certain pourcentage du revenu net pour acheter des boeufs (achat des boeufs).

4.3.3. La productivité des cultures

La productivité des cultures par ha par type (prod ha-1) est calculée en tenant compte de la productivité de ces cultures par type de sol et les parties de chaque type de sol dans le totale. La détermination de la productivité est largement basée sur un modèle qui est développé par Van Keulen. Selon ce modèle la productivité est déterminée par le facteur le plus limitatif (l'azote, le phosphore, l'eau ou la productivité potentielle sous les conditions climatiques) et par les dégâts causés par les insectes, les maladies et les mauvaises herbes. Il est constaté que l'effet des dégâts dépend du type de ferme (à cause de l'utilisation des produits phytosanitaires). Les productivités potentielles sont basées sur les productivités les plus élevées, obtenues dans ces régions : 2.500 kg de mil, 2.000 kg de coton et 6.000 kg de maïs ha-1 (van Duivenbooden, 1992).

Les productivités limitées par les nutriments sont déterminées par les quantités des nutriments absorbés, l'indice de récolte (harvest index) et les efficacités de l'utilisation des nutriments (nutrient use efficiency). La quantité des nutriments absorbés dépend de la quantité qui est disponible dans le sol (une plante ne peut pas absorber une quantité illimitée) et de l'absorption de l'autre nutriment. L'indice de récolte est la partie de la végétation aérienne qui est récolté. L'efficacité de l'utilisation de nutriments est la production végétale par kg de nutriment absorbé. L'efficacité de l'utilisation de nutriments peut être calculée sur la base de l'indice de récolte, les concentrations minimales (Nmin et Pmin) des nutriments dans les graines, la paille et les racines et le rapport entre la production de la végétation aérienne et la production des racines. La productivité limitée par l'eau est déterminée par la quantité d'eau disponible pour être absorbée par la végétation, l'efficacité de l'utilisation de l'eau et le déficit de pression de vapeur (Vapour pressure deficit).

Figure. 4.2. Diagramme, représentant les facteurs qui déterminent la productivité d'une culture.

Tableau 4.8. Les indices de récolte, les efficacités de l'utilisation des nutriments, les rapports entre la production aérienne et la production des racines et les concentrations minimales des nutriments dans les graines, la paille et les racines du mil, du coton et du maïs (selon van Duivenbooden, 1992 et Pieri, 1992).


Mil
Coton
Type C
Indice de récolte
Efficacité de l'utilisation de l'azote
Efficacité de l'utilisation du phosphore
Efficacité de l'utilisation de l'eau
0,22
40,6
338
0,0055
0,20
46,3
317
0,005
0,41
55,7
435
0,0055
Production aérienne/production racine
N-min graines
N-min paille
N-min racines
P-min graines
P-min paille
P-min racines
15
0,013
0,003
0,0032
0,0018
0,003
0,00032
10
0,008
0,003
0,0032
0,0018
0,0003
0,00032
12
0,013
0,003
0,0032
0,0018
0,003
0,00032

Les disponibilités de l'azote, du phosphore et de l'eau dans le sol sont déterminées par les processus pédologiques. La façon dont les dynamiques de tous ces éléments ont été modélisés est expliquée ci-dessous.

4.3.3.1. La dynamique de l'azote

Il y a trois types de stocks de l'azote : le N-libre (le source de N-disponible), le N-instable et le N-stable.

Le N-libre augmente par l'application de l'engrais et du fumier animal par l'azote, qui est apporté par la pluie, et par la minéralisation des résidus de la végétation (N-résidu), de N-instable et de N-stable. Au cours de l'année, tout le N-libre disparaît à cause de l'absorption par la végétation, par l'immobilisation par la matière organique, par la dénitrification ou par le lessivage. La quantité de l'azote qui est lessivée ou dénitrifiée dépend de la pluviométrie, de la texture, de la matière organique et du pH.

Les stocks de N-instable et de N-stable sont étroitement liés aux stocks de la matière organique. Au début de la simulation (1975) il a été constaté que le sol contient 1 % de la matière organique, ce qui équivaut à 5,5 g C kg-1 (van Keulen & Wolf, 1986), dont 75 % est du C-stable et 25 % est du C-instable ; le C/N-quotient de C-instable est estimé à 10 et de C-stable à 20. La quantité de N-instable augmente par l'immobilisation de N-libre, la végétation, le fumier, la fixation biologique (3 kg N ha-1 an-1) et la décomposition de N-stable. La quantité du fumier dépend du nombre d'animaux par ferme, de superficie de la ferme où le fumier est appliqué de la production du fumier par animal (9,5 kg N an-1) et du pourcentage du fumier qui est apporté au champ. On suppose que ce pourcentage est de 31 % pour le type B et 46 % pour le type C (basé sur van Duivenbooden et al., 1991), dont 10 % sont apportés au champ de mil, 40 % au champ de maïs et 50 % au champ de coton. La quantité de N-instable diminue par la minéralisation, par l'immobilisation sous forme stable et par l'érosion.

Le stock de N-stable augmente par l'immobilisation de N-instable et diminue par la décomposition et par l'érosion.

Figure. 4.3. La dynamique de l'azote.

4.3.3.2. La dynamique du phosphore

Pour le phosphore 5 stocks sont discernés : le P-libre, le P-inorganique sous formes instable et stable (P-instable et P-stable) et le P-inorganique sous formes instable (Por-instable et stable (Por-stable).

Le stock P-libre augmente à cause de l'application de l'engrais et du fumier, par la décomposition des résidus végétaux et par la minéralisation des autres stocks. Comme pour l'azote, on constate que le P-libre, qui est formé au cours d'une année, disparaît à cause de l'absorption ou de l'incorporation dans les fractions instables.

En ce qui concerne les formes inorganiques, le P-instable augmente par l'incorporation du P, provenant de P-libre, de P-stable et de Por-instable, et diminue par la conversion en P-stable. On constate que les quantités des stocks de phosphore inorganique en 1975 sont 7,4 g P-instable kg -1 et 7,4 g P-stable kg-1. Le P-stable augmente par l'apport de l'engrais, par la délitation du sol et la stabilisation de P-instable et diminue par la conversion en P-instable et P-libre.

Le stock de Por-instable (C/P = 100) augmente par l'apport du fumier (0,3 % P) et les résidus végétaux, et par la décomposition de la matière organique stable et diminue par la conversion en P-libre et en Por-stable. Le Por-stable (C/P = 200) augmente par conversion de Por-instable.

Figure. 4.4. La dynamique du phosphore.

4.3.3.3. La disponibilité de l'eau

La productivité, limitée par la disponibilité de l'eau est déterminée par la disponibilité de l'eau et l'efficacité de l'utilisation de l'eau (Tableau 4.8). La disponibilité de l'eau dépend de l'infiltration de l'eau dans le sol, du drainage et de l'évaporation de l'eau du sol. L'infiltration est déterminée par la pluviométrie et les facteurs qui déterminent le ruissellement, comme l'inclinaison et la longueur de la pente, la texture du sol et la couverture végétale (Stroosnijder, en prép.).

Figure. 4.5.Les facteurs qui déterminent la disponibilité de l'eau.

Il y a drainage quand l'infiltration excède la capacité d'absorption de l'eau du sol et l'évapotranspiration potentielle. L'évaporation est déterminée par l'infiltration et le drainage.

La capacité d'absorption dépend de la texture du sol, du pourcentage de la matière organique et de la profondeur du sol enraciné, qui est déterminé par le type du sol, la formation du sol et l'érosion. La quantité du sol qui est érodé dépend de la pluviométrie, des facteurs topographiques, de la végétation, de la texture et du pourcentage de la matière organique (Roose, 1977).

4.3.3.4. L'acidité du sol

L'acidité du sol joue un rôle important dans l'agriculture à cause de ses effets sur la disponibilité des nutriments et des éléments toxiques.

On craint que les sols en Afrique de l'Ouest s'acidifie de plus en plus à cause de l'utilisation d'engrais acidifiants (Sement, 1980 ; van der Pol, 1992).

L'acidité du sol (mesuré comme pH) est déterminée par la quantité des acides dans le sol et le pouvoir du sol de tamponner les effets de ces acides sur le pH. Ce pouvoir tampon dépend du pH actuel et des pourcentages de l'argile et de la matière organique.

L'augmentation des acides (acides apportés) dépend de l'apport et de l'enlèvement des acides organiques, et des acides qui viennent ou disparaissent par la pluie et le lessivage.

Le processus de nitrification apporte des acides au système, tandis que la dénitrification et l'absorption du nitrate enlève des acides du système. Le pH influence à son tour le processus de nitrification.

La quantité des acides organiques augmente avec l'accumulation de la matière organique et de l'enlèvement de la matière végétale, mais diminue par un apport de fumure organique (Heylar & Porter, 1989).

Figure. 4.6. Les facteurs qui déterminent l'acidité du sol.

4.3.4. La production animale

Quant à la production animale il n'est tenu compte que des bovins. Dans ce modèle les animaux sont distingués selon leur âge, sexe et type d'exploitation.

D'après Sanogo & Kleene (1981) 5 groupes d'âge sont discernés pour les femelles (0-1, 1-2, 2-3, 3-4 et 4-10) et 3 pour les mâles (0-1, 1-2, 2-10). Au début (en 1975) les types B possédaient 2 boeufs de labour et les types C 6 boeufs de labour (Tableau 4.6). Bien que les paysans du type C n'aient pas d'autres bovins au début, ils peuvent en acheter s'ils obtiennent des revenus qui dépassent leur besoin.

Chaque année une partie des animaux d'un certain groupe d'âge passent au groupe plus âgé.

L'évolution du troupeau dépend de la naissance des veaux, de la mortalité, de l'achat et de la vente.

Le nombre de veaux, qui sont nés par an, dépend du nombre de vaches adultes (4 ans et plus) et du taux de naissance. Le taux de naissance est déterminé par le gain de poids des animaux pendant leur seconde année, qui est à son tour déterminé par la disponibilité et la qualité du fourrage ( Breman & De Ridder, 1991). La disponibilité du fourrage dépend de la disponibilité du fourrage herbacé, du fourrage ligneux, de la paille du mil et du maïs, du fourrage concentré et du nombre de bovins par ha.

Selon Breman & De Ridder le rapport entre le gain de poids et le taux de vêlage est établi (Tableau 4.9).

Le taux de mortalité dépend également du gain de poids (cf poids, Tableau 4.9), mais aussi du taux de mortalité de base (Tableau 4.10).

Figure. 4.7. La dynamique du troupeau.

Tableau 4.9. L'effet du gain du poids sur le taux de vêlage et le taux de mortalité (cf poids ; Breman & De Ridder, 1991).

Gain de poids (kg an-1)
Taux de vêlage
Cf poids
25
30
35
40
45
50
55
65
75
0,5

0,6

0,66

0,75
0,8
0,85
0,15
0,33
0,45
0,52
0,56
0,58



Tableau 4.10. Les taux de mortalité de base (cf âge).

Groupe d'âge
Cf âge
0 - 1
1 - 2
2 - 3
3 - 4
4 - 10
0,1
0,04
0,02
0,02
0,04

L'équation suivante est utilisée pour calculer le taux de mortalité :

taux de mortalité = cf âge / cf poids

L'achat dépend du type de ferme et des revenus du paysan. Un paysan du type C investit 80 % de son revenu net à l'achat des boeufs.

Le nombre de boeufs qui sont vendus normalement dépend de l'âge des animaux : tous les animaux qui atteignent l'âge de 10 ans sont vendus et 50 % des mâles, qui sont plus que 2 ans et qui ne sont utilisés pour le labour. En plus le paysan peut aussi vendre des animaux quand ses revenus ne couvrent pas les besoins familiaux. Dans ce cas il vend d'abord les mâles adultes (sauf les boeufs de labour) et puis les femelles.

Un facteur qui ressort de cette description comme très important est le gain de poids d'un animal pendant sa seconde année. La façon dont ce gain de poids est calculé est décrite ci-dessous.

Le gain de poids est déterminé par la quantité du fourrage digestible qui est ingéré par l'animal. Breman & De Ridder calcule le gain de poids (en g par poids métabolique de l'animal) comme suit :

Si la quantité du fourrage ingéré par jour (D) est plus de 36 g kg-0,75, le gain de poids par jour est de :

0,49 * (D - 36) * poids0,75.

Si D<36, la perte de poids par jour est de :

0,58 * (D - 36) * poids0,75.

Il a été remarqué que le poids de l'animal est de 150 kg.

Tableau 4.11. Le rapport entre la quantité du fourrage ingéré et la digestibilité (exprimé en pourcentage de la matière sèche qui est digestible ; Breman & De Ridder, 1991).

Digestibilité (%)
Quantité du fourrage ingéré (g jour-1)
35
40
45
50
55
60
65
70
22
27
32
38
45
54
61
72

La digestibilité du fourrage dépend du taux de N de la matière sèche.

Tableau 4.12. Le rapport entre le taux de N et la digestibilité (Breman & De Ridder, 1991).

Taux de N (g kg-1)
Digestibilité (%)

Taux de N (g kg-1)
Digestibilité (%)
0,03
0,04
0,05
0,06
0,07
0,08
0,09
0,10
0,11
0,12
32
36
39
42
45
48
52
54
56
59

0,13
0,14
0,15
0,16
0,17
0,18
0,19
0,20
0,21

60
62
64
65
67
67
68
69
70

Donc le gain du poids des animaux dépend de la quantité du fourrage disponible et du taux d'azote de ce fourrage. Il est admis qu'un animal a besoin de 2008 kg M.S. an-1. Le fourrage dont les animaux disposent, dépend du type de l'exploitation et de la saison. Les animaux disposent du fourrage de la strate herbacée et de la strate ligneuse du parcours, de la paille du mil après récolte et du fourrage concentré (le tourteau de coton). Comme les fourrages herbacés et ligneux sont des produits provenant des pâturages communs, ces produits sont disponibles pour les animaux. Cependant la paille qui est produite à la ferme est seulement disponible pour les animaux de cette ferme. Il a été constaté que les animaux reçoivent une quantité fixe du fourrage concentré. Cependant les boeufs de labour du type C reçoivent une certaine quantité de fourrage concentré en plus, afin que le taux moyen de l'azote du fourrage ne soit jamais au dessous de 9 g N kg-1 de matière sèche ingérée.

Le taux moyen d'azote dépend des quantités ingérées des différents types de fourrage et de leurs taux d'azote.

Les quantités ingérées de différents types de fourrage dépendent de leurs taux d'azote, des quantités disponibles de ces fourrages et des préférences relatives des animaux.

Il a été remarqué que seulement 30 % de la production ligneuse est disponible aux animaux et que les animaux préfèrent la strate herbacée dix fois plus que la strate ligneuse.

Donc le taux d'azote de la strate herbacée et de la paille du mil sont devenus très bas, si bien que les animaux de ces exploitations, où on ne donne que peu de fourrage concentré, dépendent dans une mesure plus large de la strate ligneuse.

Cependant le taux moyen d'azote des strates herbacée et ligneuse n'est pas nécessairement le taux moyen d'azote du fourrage effectivement ingéré, parce que les animaux sélectionnent les meilleures parties des plantes. Cela veut dire : plus le taux d'azote dans une partie de la plante est bas, moins cette partie est ingérée. Le taux de l'azote du tourteau de coton est de 65 g kg-1.

Tableau 4.13. Les taux d'azote moyens de différents types de fourrage par mois (basés sur Breman & De Ridder, 1991).


Taux d'azote (g N kg-1 m.s.)

Strate herbacée
Strate ligneuse
Mil
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
4
4
4
4
3
24
14
10
8
6
4
4
10
10
9
9
9
16
16
17
15,5
14
12
11
4
3
3
3
3
-
-
-
10
7
6
5

Tableau 4.14. Le rapport entre le taux d'azote et la partie qui peut être ingérée par un animal (basé sur Breman & De Ridder, 1991).

Taux d'azote (g kg-1)
Pourcentage consumable
7
6
5
4
3
100
75
50
25
0

Pour connaître la disponibilité de la strate herbacée, de la strate ligneuse et des restes du mil, il faut d'abord calculer leurs productions et puis les quantités qui disparaissent chaque mois à cause du pâturage ou des pertes.

Le calcul de la production de la strate herbacée se fait largement comme la production du mil etc., sauf le calcul de la disponibilité de N et de P, comme une partie de ces nutriments est absorbée par la strate ligneuse.

Il a été remarqué que la production annuelle de la strate herbacée est déjà disponible au mois de Juin. A l'aide du nombre d'animaux et de la quantité d'herbe qu'ils consomment en Juin et la quantité perdue, il est possible de calculer la quantité disponible pendant le mois de Juillet etc. Les pertes sont causées par le piétinement et par les feux de brousse. L'effet du piétinement dépend de l'intensité du pâturage et l'effet du feu dépend de la densité de la végétation et la fréquence des feux, qui est évidemment plus élevée pendant la saison sèche.

Contrairement au calcul de la production de la strate herbacée, la production de la strate ligneuse n'est pas déterminée par l'absorption de N et de P : l'absorption de ces éléments est déterminée par la production annuelle de la strate ligneuse ( Breman & De Ridder, 1991 ). La production ligneuse en une année dépend du recouvrement de la strate ligneuse et de l'infiltration de l'eau. L'infiltration de l'eau détermine le nombre de couches de feuilles. Une couche de feuilles équivaut 1200 kg M.S. ha -1, tandis que la production de fruits y ajoute encore 50 % par couche.

Tableau 4.15. Le rapport entre l'infiltration de l'eau et le nombre de couches de feuilles.

Infiltration (mm an-1)
Couches
325
475
625
775
925
2
3
4
5
6

Le taux de recouvrement est calculé sur la base de la quantité d'azote qui est stockée dans la strate ligneuse et une quantité maximale qui y serait stockée si toute la superficie devait être couverte par des arbres. Cette quantité maximale est , très arbitrairement, établie à 7000 kg N ha-1.

Au cours de l'année cette quantité d'azote change par l'absorption de l'azote et par les pertes à cause du broutage, des feux, de la coupe de bois et des feuilles et tiges qui tombent.

Le besoin en N et P dépend du taux de recouvrement, du nombre de couches de feuilles et des concentrations de ces éléments dans les feuilles et les fruits.

Cependant, il a été constaté que 60 % du besoin en nutriments de la strate ligneuse proviennent du recyclage de ces éléments qui sont déjà stockés dans les arbres et que 5 kg d'azote et 0,5 kg de phosphore qui sont absorbés par la strate ligneuse proviennent des couches du sol. Ces couches sont hors de portée des racines de la strate herbacée.

Il a été remarqué aussi que toute la production de la strate ligneuse est disponible à partir du mois de Juin. La quantité qui est disponible pendant un mois est déterminée par la quantité consommée par le bétail et par les pertes causées par les feux pendant le mois précédent.

4.3.5. La dynamique au niveau du cercle

Quand on veut explorer les développements sur plusieurs années, la compréhension des développements au niveau ferme ne suffit pas, parce que dans ce cas on ne tient pas compte des effets de l'expansion du terroir cultivé et de la densité croissante des animaux. Ces développements peuvent accélérer les processus de la dégradation des terres.

L'expansion du terroir cultivé dépend du développement du nombre de différents types d'exploitations.

Le nombre de types d'exploitations change dans le temps par :
- L'immigration. Il y a des personnes qui s'installent dans le cercle comme cultivateurs. Le nombre d'immigrants dépend :
- du nombre de personnes de la région qui veulent effectivement s'installer comme cultivateur. Ce nombre dépend des revenus actuels des cultivateurs. Lesquels revenus, relativement élevés, attireront des immigrants. Il est constaté aussi que les immigrants établissent des fermes de type A et B.
- de la superficie de bonnes terres (LA1) disponibles pour les immigrants dans le Cercle.

- Des constats, il ressort que plusieurs paysans cessent de cultiver à cause de leur âge avancé. On cosntate généralement qu'après 30 ans d'entreprise, le paysan prend sa retraite.
- Le nombre d'enfants de cultivateurs qui décident de s'installer comme fermier (succession) dépend du nombre d'enfants par exploitation et surtout du désir de ces enfants pour une telle entreprise. Ce désir dépend des revenus des derniers 5 ans par rapport aux revenus désirés par ces jeunes. C'est un fils qui succède à son père. S'il y a plusieurs fils, ils doivent installer une nouvelle exploitation ailleurs. Toutefois par manque de moyens, ils doivent se contenter d'un type plus simple que celui de leur père.
- Plusieurs paysans émigrent parce que l'agriculture ne leur assure plus la sécurité alimentaire.
- Beaucoup de paysans changent de type d'exploitation : d'une exploitation du type B vers une exploitation du type C. Il a été remarqué qu'une exploitation ne change pas vers un type plus traditionnel (par exemple de B vers A).

Figure 4.8. Les facteurs qui déterminent la disponibilité du fourrage.

Seulement une partie de la superficie est occupée par les exploitations agricoles (superficie cultivée) ; le reste de la superficie est utilisée pour le pâturage (parcours).

Par l'augmentation du nombre de fermes et par l'expansion des fermes, la superficie cultivée augmente aux dépens de la superficie du parcours et le nombre d'animaux augmente aussi de même que la quantité du fourrage requis. Quand la superficie du parcours diminue et que le troupeau s'agrandit, l'intensité de pâturage augmente ce qui peut causer une baisse du niveau de la productivité du parcours. Si les paysans veulent maintenir ou améliorer le niveau de la productivité animale, ils doivent augmenter la production des sous-produits, comme la paille (par l'application du fumier ou de l'engrais) ou augmenter la quantité de fourrage concentré.

4.4. Quelques résultats préliminaires

Bien que le modèle, présenté ci-dessus, soit seulement un modèle préliminaire, quelques résultats sont présentés pour exciter une discussion sur ce modèle.

Les figures montrent l'évolution de quelques variables de 1975 jusqu'à 1990.

La Fig. 4.9 représente l'évolution du nombre total des exploitations sur la base des données statistiques de 1975 et de 1983 à 1988, l'évolution de la totalité des exploitations selon le modèle et l'évolution des nombres de types d'exploitation.

Figure 4.9. L'évolution des exploitations.

L'augmentation du nombre d'exploitations est due à la croissance démographique et aux revenus qui sont assez élevés pour ne pas encourager l'émigration. Selon le modèle, le nombre d'exploitations du type A diminue parce que leur revenu n'est pas très intéressant et les revenus nets des types de B et de C sont plus élevés (Fig. 4.10), si bien que les paysans B et du type C ne diffèrent pas beaucoup, les nombres d'exploitations du type B augmente plus rapidement que le nombre d'exploitations du type C.

Figure 4.10. L'évolution des revenus nets.

Le nombre de boeufs par exploitation du type C (Fig. 4.11), augmente très nettement, parce que ces paysans achètent des boeufs quand ils gagnent un revenu qui dépasse le besoin familial. Cette augmentation du troupeau est plus ou moins conforme aux données du Tableau 2.6 et à celles de de Steenhuijsen Piters (1988).

Figure 4.11. L'évolution du nombre de boeufs par exploitation du type C.

La Fig. 4.12 montre l'évolution des superficies des différents types de sol qui font partis du parcours. Selon le modèle la partie de la superficie du sol de bonne qualité dans le parcours approche 0, si bien qu'il n'en reste plus beaucoup pour étendre la superficie cultivée.

Figure 4.12. L'évolution des superficies de différents types du sol du parcours.

Selon le modèle le taux de la matière organique (Fig. 4.13) augmente dans le parcours, que la quantité de la matière organique qui est retournée au sol, est plus élevé dans le parcours que dans les champs, ce qui fait que la diminution du pH est plus forte dans les sols du parcours que dans les champs cultivés (Fig. 4.14).

Figure 4.13. L'évolution des taux de matière organique.

Figure 4.14. L'évolution du pH.

Le modèle montre également que le taux d'azote diminue (Fig. 4.15), ce qui cause une baisse des productivités du mil et du maïs (Fig. 4.16).

Figure 4.15. L'évolution de taux d'azote instable.

Figure 4.16. L'évolution des rendements par ha du mil, du maïs et du coton.

4.5. Références

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Steenhuijsen Piters, C.B. de, 1988. Système de production et culture attelée en zone Mali-Sud. Volume I. Analyse du système de production agraire du village de Kaniko. Wageningen.

Stroosnijder, L. (à paraître). Modelling the effect of grazing on the soil water balance and the primary production of the Sahel. In: Modelling of Geo-Biosphere Processes.

5. Des actions de prévulgarisation à des thèmes de recherche : Chronologie des Actions DRSPR dans la zone de Koutiala

Demba KEBE, Yacouba KONE, Toon DEFOER
ESPGRN-Sikasso

5.1. Introduction

Depuis 1984, l'équipe systèmes de production et gestion des ressources naturelles (ESPGRN; ex-DRSPR) a entrepris des activités de prévulgarisation, dans la zone de Koutiala, à partir des acquis de recherche dans la zone de Fonsébougou. La zone de Koutiala se caractérise par une forte croissance démographique (3,5 % par an) et un accroissement des effectifs animaux avec pour conséquence, une augmentation de la pression sur les ressources naturelles. En terme d'intervention de l'ESPGRN, la zone se confond avec la Zone d'Animation et d'Expansion Rurale (ZAER) de Kaniko dans le secteur de Molobala. Cependant, en raisonnant en terme de zonage agro-écologique, la zone devrait inclure normalement d'autres secteurs de la région CMDT de Koutiala (Voir carte de zonage de la CMDT). La zone bénéficie d'une rente de situation due à un niveau d'encadrement dense et à un niveau élevé des paysans en alphabétisation fonctionnelle. Le niveau de technicité des exploitations y est relativement plus élevé et ces dernières ont une plus grande ouverture aux innovations. La culture attelée bovine et la culture du coton ont contribué à améliorer de façon notable la productivité du système de production dans la zone. Les exploitations mènent des activités de production beaucoup plus orientées vers le marché. Dans la zone, deux marchés importants servent de lieu de transaction entre producteurs, commerçants et consommateurs. Il s'agit des marchés de Koutiala et de Molobala situés à environ une vingtaine de km l'un de l'autre.

Dans cette communication on essaye de retracer la chronologie de ces interventions, la problématique abordée et quelques résultats auxquels on a abouti. D'abord la phase de prévulgarisation de 1983 à 1988 est traitée de façon suscinte. Après, les activités de recherche conduites à partir de 1988 sont présentées. Nous terminons par les perspectives de développement de la zone face à l'évolution de l'environnement socio-économique et institutionnel.

5.2. La période de 1983 à 1988

Durant la période 1983/1988, les interventions de l'ESPGRN dans la zone de Koutiala étaient principalement des activités de prévulgarisation. On peut distinguer deux types d'activités de prévulgarisation : celles orientées vers l'amélioration de la méthode de vulgarisation de la CMDT et celles dans le cadre des aménagements anti-érosifs.

5.2.1. Les activités d'amélioration de la méthode de vulgarisation

5.2.1.1. Le conseil de gestion à l'exploitation

Depuis les toutes premières enquêtes de diagnostic (suivi technico-économique) menées par l'équipe à Fonsébougou, il est apparu la nécessité d'améliorer la gestion « des exploitations agricoles. C'est ainsi qu'un outil Conseil de Gestion de l'Exploitation » a été développé et testé. Il vise à cibler des conseils et thèmes techniques en fonction des problèmes et ressources de l'exploitation.

Le conseil de gestion à l'exploitation a été introduite en prévulgarisation par l'équipe et la CMDT dans la ZAER de Kaniko, à partir de la campagne 1983/84. A cette époque, la CMDT avait certains acquis en matières d'alphabétisation fonctionnelle et d'organisation du monde rural par le biais des AV. L'outil a été adapté aux néo-alphabètes, paysans alphabétisés en langue bambara, maîtrisant le calcul opératoire et pouvant solutionner de petits problèmes. La méthode est basée sur la typologie des exploitations, qui comprend trois types d'exploitations agricoles (1).

Les néo-alphabètes ayant été formés à la démarche sont capables de faire la typologie de toutes les exploitations du village à partir d'un inventaire des ressources, et de faire un diagnostic d'une exploitation afin de proposer des améliorations. La réalisation de ces propositions fait l'objet d'un suivi pendant la campagne. A la fin de la campagne des séances de restitution des résultats sont organisées pour discuter des écarts entre les plans de campagne prévisionnels et les réalisations. A l'issue de ces discussions de groupes, diverses propositions sont faites par les paysans eux-mêmes.

L'intérêt de cette méthode se situe à deux niveaux :

1) d'abord les réunions sont des forums de discussions ouvertes entre les paysans et

2) la présence du vulgarisateur en la personne du chef de ZAER stimule le raisonnement technique vers une amélioration de la production et de la productivité.

Ce dernier profite de cette séance de discussions pour véhiculer certains messages techniques en fonction des groupes cibles. C'est à ce niveau que l'accent a été mis sur l'utilisation de la méthode comme un instrument de formation non seulement pour les paysans mais aussi pour les agents de vulgarisation. L'analyse de l'exploitation qui est l'étape la plus importante de la méthode permet désormais aux vulgarisateurs d'aller au-delà des contraintes purement techniques des exploitations agricoles, en prenant en compte les contraintes socio-économiques telles que l'organisation de l'exploitation et la gestion des ressources. La méthode a permis aux chercheurs de découvrir certaines contraintes réelles des exploitations agricoles et d'orienter les autres thèmes de recherche en conséquence.

Après la phase de prévulgarisation, le conseil de gestion de l'exploitation a été mis en vulgarisation à partir de 1987. L'environnement institutionnel de la zone de Koutiala a favorisé l'extension de la méthode par rapport aux autres régions CMDT (annexe 1). Les résultats encourageants de cette zone ont amené la CMDT non seulement à l'étendre aux autres régions mais aussi d'en faire par la suite un thème prioritaire de son programme de vulgarisation. L'ESPGRN continue à donner un appui ponctuel pour son adaptation aux changements dans les circonstances des paysans.

Cependant, l'évaluation et l'analyse de l'outil entreprises en 1990 et 1993 (Joldersma, et al., 1991 ; ESPGRN, 1994) ont relevé quelques faiblesses de l'outil, qui peuvent expliquer le niveau assez faible de son adoption. Ainsi des améliorations ont été proposées et des adaptations de l'actuel outil conseil de gestion à l'exploitation ont été faites avant la campagne 1993/94. A part ces adaptations, une recherche-action est actuellement en cours vers un nouvel outil qui devrait prendre en compte les problèmes autour de la fertilité des sols, de la gestion des troupeaux et mieux visualiser les contributions des femmes (5.3.3.1). Des études spécifiques déjà entamées permettront de définir les indicateurs à utiliser, les normes de référence et options techniques.

5.2.1.2. L'approche village : le conseil de gestion dans les villages non-ZAER

Suite au séminaire DRSPR/CMDT de septembre 1984 et des commissions techniques de mars 1985, pour étendre la méthode du conseil de gestion à des villages autres que ceux des ZAER, des réflexions ont été faites aboutissant aux observations suivantes :
- la méthode du conseil de gestion n'est pas transférable comme telle dans un milieu non alphabétisé ;
- la nécessité s'impose de s'intéresser aux villages ne cultivant pas de coton et où le taux d'équipement des exploitations est faible.

Suite à ce constat l'équipe a développé et expérimenté l'approche village. C'est un outil de vulgarisation agricole destinée à démarrer ou redemarrer les activités d'encadrement dans les villages où les messages de vulgarisation en vigueur ne repondent pas aux préoccupation des agriculteurs, dans les villages qui n'ont jamais été encadrés ou qui ont cessé de l'être. Des séances de formation intensives ont été organisées à l'intention des chefs de secteurs de base de la CMDT et des chefs de ZER (Zone d'Expansion Rurale) sur la méthodologie. Les thèmes les plus couramment traités sont : la sensibilisation, la typologie, l'analyse de l'exploitation, la détermination de la capacité d'endettement des paysans, le calcul de la rentabilité d'un crédit d'équipement et le suivi strict des exploitations. La répartition des villages par région est donnée en annexe 2.

Cette approche a été suivie par le DRSPR pendant deux campagnes. Après la première campagne, une pré-évaluation a permis d'identifier les points forts et les points faibles de l'action. Parmi les points forts, on note surtout la création d'un climat de confiance entre l'encadreur et les paysans, la diversification des messages de vulgarisation en fonction des types de paysans et enfin la méthode amene l'encadreur à s'intéresser aux exploitations non équipées et ne cultivant pas de coton. Parmi les points faibles, on a signalé le caractère trop lourd de la méthode et la difficulté qui découle en l'insérant dans les activités de la CMDT. Ces remarques ont été prises en compte pendant la campagne suivante en réduisant au maximum les réunions au début de la campagne et en formant davantage l'encadrement de la CMDT à la nouvelle démarche. A la fin de la deuxième campagne, une évaluation finale a été faite et qui regroupait non seulement les chercheurs du DRSPR mais aussi les cadres de la CMDT et les paysans des villages suivis. Il a été reconnu que la méthode est un bon outil de vulgarisation qui permet au vulgarisateur d'être à l'écoute des paysans. De plus elle permet le passage d'une vulgarisation diffuse à une vulgarisation diversifiée tenant compte des problèmes spécifiques aux différentes catégories d'exploitation.

Après le retrait du DRSPR, la CMDT a abandonné la méthode pour des raisons qui ne sont pas jusqu'ici très bien connues. Le document élaboré par la CMDT et le DRSPR et qui s'intitule : mémento « approche village » à l'usage des encadreurs a connu une faible diffusion au niveau des agents d'encadrement de la CMDT. On se pose toujours la question si toutefois la lourdeur de la méthodologie qui caractérise cette approche n'a pas ainsi affecté sa chance de survie au sein de la CMDT. Raison de plus pour tenir compte des coûts de diffusion d'une technologie par l'organisme de vulgarisation.

5.2.2. Les activités d'aménagements anti-érosifs

Les activités menées dans le cadre du conseil de gestion on révélé que le phénomène d'érosion hydrique constitue une des principales contraintes des exploitations agricoles de la zone de Koutiala.

Sur la base des expériences de Fonsébougou, un aménagement anti-érosif fut entamée en 1984 à Kaniko, en collaboration avec la CMDT. L'objectif était de tester une méthode qui permettrait l'introduction rapide des mesures efficaces pour contrôler l'érosion du sol. L'aménagement de Kaniko a comporté deux étapes :
- La mise en place d'un système protecteur en amont des terres de culture. D'une part un dispositif de bandes d'arrêt (trois cordons pierreux), de micro-barrage (multiples seuils en pierres sèches) et de diguettes de protection ont été construites et d'autre part un exutoire naturel a été surcreusé sur une longueur de 880 m.
- Des mesures au niveau des champs, favorisant l'infiltration de l'eau. Il s'agissait principalement de :
- plantations de haies vives et d'arbres autour des champs ;
- compartimentation des champs par des haies vives et des bandes enherbées plus ou moins perpendiculairement à la pente ;
- pratiques culturales telles que les travaux perpendiculaires à la pente, le grattage à sec, le billonnage à sillons cloisonnés ;
- mise en place des cordons pierreux et de lignes de tiges qui permettent la régénération de la végétation dégradée ;
- mise en place des soles fourragères pour régénérer la fertilité.

Un accent particulier a été mis sur l'information et la sensibilisation à l'aide d'outil approprié comme les séries GRAAP afin d'obtenir une bonne adhésion des populations aux travaux. En plus les membres de l'AV de Kaniko ont été formés sur les techniques de piquetage des courbes de niveau à l'aide de niveau à eau.

Une année après le démarrage à Kaniko, en 1985, les villages voisins Try I et Try II ont entamé la même démarche et un programme de vulgarisation « lutte anti-érosive » a été proposé à la CMDT, ce qui a résulté dans la création de projet lutte anti-érosive (PLAE; DDRS, actuellement) en 1986.

5.3. La période de 1988 à 1994

La période de 1988 à 1994 fut caractérisée par une réorientation des activités de recherche de la lutte anti-érosive vers la gestion des ressources naturelles et par des recherches vers une intensification agricole. Cette phase a aussi été marquée par la mise au point d'une base de données appelé Suivi-Evaluation Permanent (SEP).

5.3.1. Le suivi-évaluation permanent (SEP)

Depuis la campagne agricole 1988/89 un dispositif de suivi-évaluation permanent a été mis en place, dont l'objectif général est l'obtention des données socio-économiques, agronomiques et zootechniques de référence, fiables et pouvant être exploitées pour :
- adapter et réorienter des thèmes de recherche ;
- évaluer l'impact des interventions de l'ESPGRN ;
- évaluer l'impact de la politique agricole au niveau micro-économique.

Au niveau d'un échantillon de 30 exploitations par zone, deux types de données sont collectées :
- des références (ou variables) structurelles (âge, surfaces totales, surfaces cultivables, surfaces cultivées, taille du troupeau, équipement etc.) qui permettent la catégorisation des dites exploitations (typologie)[1].
- des références (ou variables) de fonctionnement (gestion) dont le but essentiel est d'aider dans le conseil des exploitants (intrants, extrants, calendrier agricole, rendements, etc).

En plus de ces références collectées au niveau exploitation, des données exogènes au système sont collectées. Il s'agit notamment des prix au niveau des différents marchés proches des villages et qui servent de lieu de transactions.

5.3.1.1. Quelques résultats

Bien que l'exploitation des données du SEP reste relativement timide, quelques résultats d'analyse sont disponibles sous forme de versions provisoires (Brons et al., 1994 ; Djouara et al ., 1993).

Djouara et al. (1993) notent qu'à Koutiala du fait de la forte saturation foncière, la logique intensive domine et que les exploitants n'arrivent à améliorer leur performance qu'à travers une amélioration de la production par hectare. Les rendements en coton sont par conséquent meilleurs à Koutiala qu'à Fonsébougou et les doses d'intrants apportées à l'hectare plus élevées. De plus, il est démontré que la logique intensive à Koutiala cohabite avec une logique extensive. Une des explications est que, la saturation de l'espace agro-pastoral fait que les terres de qualité meilleure ont une certaine valeur (coût d'opportunité). Les exploitants qui disposent d'un droit d'usage sur ces terres, ont par conséquent intérêt à les mettre en valeur que de les prêter à d'autres exploitants ou de les laisser en jachères même de courte durée.

Brons et al. (1994) font état de la description des systèmes de production au niveau de trois zones (Koutiala, Fonsébougou et Kadiolo).

Les résultats du rapport confirment en terme de productivité de la ressource terre (rendements des cultures), la bonne performance des systèmes à Koutiala par rapport aux de zones de Fonsébougou et Kadiolo. Les rendements coton à l'échelle du Mali-Sud ont peu évolué àpartir de 1974/75 de l'ordre de 1100 à 1400 kg ha-1 (pour des raisons à la fois agro-technique et socio-économique). Cette moyenne cache naturellement la forte diversité des situations.

Tableau 5.1. Les rendements (kg ha-1) par spéculation (moyenne de plusieurs années).

Spéculations
Koutiala (trois ans)
Fonsébougou
Kadiolo
Coton
Maïs
Sorgho
Mil
céréales (kg)
1269
2147
1073
961
1210
1173
1363
736
525
1006
1282
1148
512
389
814
Source : Brons et al., 1994

Les objectifs et stratégies de production des agro-éleveurs sont en rapport avec la satisfaction des besoins d'autofourniture en céréales et monétaires.

Tableau 5.2. Production céréalière (moyenne de plusieurs années).


Koutiala (3 ans)
Fonsébougou
Kadiolo
céréales kg personne-1
380
380
350
Source : Brons et al., 1994

On constate dans tous les cas, que le niveau de production céréalière dépasse les besoins par personne par an qui sont de l'ordre de 300 kg par personne par an pour la région administrative de Sikasso (DNSI, 1990).

Le Tableau 5.3 montre les revenus totaux des exploitations agricoles et la part du coton dans ces revenus.

Tableau 5.3. Revenus totaux en mille Fcfa (moyenne de 5 années, 1988-1992).


Zone Nord

Zone Sud

Koutiala (trois ans)
Fonsébougou
Kadiolo
Produit brut du coton
Marge brut du coton
Marge brute toutes culture confondues
% du coton dans la marge brute
Marge brute par personnes (toutes cultures)
Revenus nets estimés (1992)
430
309
631
45%
39
300
855
573
898
61%
40
500
179
118
332
37%
29
150

NB. Produit brut = La production valorisée ; Marge brute = Produit brut - Dépenses variables ; Revenus nets = Marge brute - Dépenses fixes ; La production cérealière est valorisée à partir des prix de marché du mois de Novembre.

Ces résultats sur les revenus totaux montrent le rôle moteur de la culture cotonnière dans les zones de Koutiala et Fonsébougou. En effet, ces résultats cachent le fait que si on avait deduit la part de l'autofourniture céréalière dans la production totale, la part du coton dans le revenu monétaire de l'exploitation serait beaucoup plus élevée. Il est dès lors évident qu'une intensification accrue des systèmes se justifie en vue d'améliorere la productivité de la terre. L'objectif d'amélioration des cultures céréalières est atteint par l'adoption d'une rotation culturale fixe (coton/céréales) sur une grande partie des surfaces cultivées. Dans la zone de Kadiolo, la logique extensive domine compte tenu du fait que la terre n'est pas encore une ressource limitante (du moins quantitativement).

5.3.1.2. Vers une nouvelle démarche

Bien que les analyses rapportées par Djouara et al et Brons et al. soient très valables, elles ne permettent qu'une compréhension partielle des stratégies paysannes et mènent souvent àun nombre d'hypothèses non-expliquées (par exemple?). Dans le souci de trouver une solutions à cette faiblesse et d'améliorer en même temps la méthode accélérée de recherche participative (MARP) l'ESPGRN a initié une démarche méthodologique qui combine les points forts des deux approches. Cette démarche débute par une analyse de données du SEP. Les résultats de cette analyse sont vérifiés à travers l'application des outils de la MARP qui peuvent mener à l'élaboration des nouvelles hypothèses et à une nouvelle exploitation du SEP, suivi par une deuxième phase de la MARP (Doucouré et al., 1994). Cette démarche a été testée dans le cadre du diagnostic sur le maïs dans les systèmes de production (voir 5.3.3.2). Elle est actuellement utilisé dans les recherches sur « la gestion des stocks », « le calendrier culturale et les associations villageoises », « le rôle des femmes dans la filière coton », etc.

5.3.2. De la lutte anti-érosive à la gestion des ressources naturelles [2]

En 1989, les villages de Try et Kaniko, ont fait savoir que leurs efforts pour protéger le terroir ne profitent pas à eux mêmes car d'autres personnes étaient autorisées par le code forestier à utiliser le terroir. C'est ainsi qu'un programme test gestion de terroir (GTV) a démarré dans la zone « SIWAA », regroupant 6 villages voisins (Joldersma et al., 1994). A part la CMDT, la DDRS et l'ESPGRN, les services techniques travaillant dans la zone sont impliqués dans ce test GTV. L'objectif est d'élaborer et de tester une démarche pour arriver à une meilleure gestion des terroirs par les villageois. Un statut juridique spécial a été négocié auprès de services concernés, ce qui donne aux villageois plus de responsabilité pour la gestion du terroir (Diarra et al., 1994). Il s'agit d'une approche GTV « légère et spécifique » qui comprend plusieures étapes :
1) la mise en place d'un groupe technique ;
2) l'identification des villages ;
3) la prise de contact ;
4) l'information et la sensibilisation ;
5) diagnostic global ;
6) le diagnostic spécifique (outil diagnostic planification) ;
7) la formulation des solutions ;
8) la planification et
9) le suivi/évaluation (DRSPR, 1993).

L'expérience de SIWAA semble avoir l'adhésion des agro-éleveurs de la zone test. Cependant, une des principales contraintes à la pérennité d'une approche semble être d'ordre économique (Kaya et al., 1994). En effet, les actions d'aménagement mettent très souvent du temps avant que des effets concrets ne soient observables. Il n'est par conséquent pas aisé de garder pour longtemps l'adhésion des acteurs. De plus, le dégré d'exploitation des ressources naturelles n'est pas le même partout, les difficultés de concilier les intérêts des différentes communautés villageoises et des individus avec ceux de la communauté intervillageoise font que certaines propositions techniques ou même méthodologique mettent du temps avant de se réaliser. De plus, le renforcement de la capacité villageoise fonction de l'évolution des compétences des ressources humaines et de leur capacité d'organisation, semble être une condition préalable au succès d'une gestion communautaire des ressources naturelles.

5.3.2.1. Outil conseil de gestion de terroir [3]

A l'image de l'outil conseil de gestion aux exploitations agricoles, un outil de diagnostic-planification appelé « conseil des gestion de terroir » est en cours d'élaboration. Cet outil doit permettre à l'encadrement de faire une analyse quantitative et participative de l'utilisation du terroir. Il s'agit de :
1) déterminer des paramètres pour apprécier la situation actuelle ;
2) spécifier les normes de référence d'une exploitation durable (qui n'exclu pas la prise en compte de la dimension socio-économique de cette durabilité) ;
3) comparer l'utilisation actuelle avec des normes de référence et en cas d'écart ;
4) proposer des solutions adéquate. Dans ce cadre, des modules pour le diagnostic/planification des ressources fourragères et ligneuses ont été développées par l'ESPGRN (DRSPR, 1993).

Un des inconvénients de l'outil conseil de gestion de terroir (DRSPR, 1993) est que le diagnostic de la zone sylvo-pastorale se base sur sa classification scientifique en utilisant des paramètres et normes de référence développées par les techniciens. Les méthodes d'estimation de la capacité de charge [4] des ressources fourragères par exemple font beaucoup de controverses. Leur pertinence ainsi que leur intérêt ne sont pas toujours perçus par les paysans/éleveurs. La principale contrainte est la difficulté de communication qui limite la participation et l'engagement des paysans dans les actions GTV. L'établissement d'un schéma de gestion devrait se faire à partir d'un diagnostic fait par les paysans/éleveurs eux-mêmes, afin de cibler des actions en fonction des besoins et perception de la population.

Dans ce cadre, l'ESPGRN a entrepris une étude avec la participation des paysans sur la classification et la gestion des unités de la zone sylvo-pastorale. Les outils utilisés sont la carte de terroir, le transect et la « classification préférentielle ». Cette étude a permis d'appréhender les indicateurs de base de la classification des unités de la brousse et les critères de jugement de leur production et potentialité. En plus, les techniques et mesures d'exploitation/gestion et les critères de jugement de l'état de l'exploitation (surexploitation et dégradation), ont pu être déterminées (Bagayogo et al., 1994).

A travers le diagnostic de la classification et gestion de la zone sylvo-pastorale, les paysans sont en mesure de faire un choix raisonné des actions à mener pour une meilleure gestion de bois ou de pâturage. Sur la base des critères paysannes il sera possible d'évaluer l'effet des mesures entreprises.

Suite à l'étude de la classification et gestion de la brousse, une partie du terroir de M'peresso a été choisie par les villageois pour tester la gestion des pâturages à travers une utilisation périodique. Les résultats techniques et la capacité villageoise pour gérer la protection de cette unité font actuellement l'objet d'une recherche. Dans le cadre de la gestion des ressources ligneuse, il est aussi prévu d'entamer prochainement une nouvelle expérimentation de protection d'une partie de la brousse.

5.3.3. Vers une intensification agricole

On appelle « intensification » un accroissement des ressources productives par exemple le travail (intensification par le travail) ou de capital (intensification par le capital) par rapport à celle jugée contraigante (terre en générale). La pression démographique et l'extension des surfaces cultivées font que les jachères sont réduites dans l'espace et le temps. De plus comme déjà annoncé dans la partie introductive, les agriculteurs ont capitalisés dans l'élevage. Investir plus de travail et plus d'intrants (d'origine autofournis comme la fumure organique ou d'origine industrielle comme les engrais minéraux et pesticides) par unité de surface devient une nécessité. Ainsi l'ESPGRN a entrepris plusieurs recherches sur l'intensification agricole et sur l'intégration agriculture-élevage.

D'abord sont traitées les activités de recherche au niveau exploitation, suivi par des activités plutôt à un niveau de champ de culture ou élevage. Certaines des activités sont déjà terminées ou en phase de prévulgarisation, tandis que d'autres sont encore en pleine phase de recherche.

5.3.3.1. Le niveau exploitation

Rentabilité de la motorisation intermédiaire

Pendant la campagne 1998/89 une étude de rentabilité du tracteur Boyer (28 CV) a été entreprise à travers la comparaison entre les exploitations qui possèdent un tracteur Boyer (28 CV) et des exploitations en culture attelée bovine avancée.

Les résultats de cette étude montrent que :
- la motorisation intermédiaire n'augmente pas la productivité du travail par actif ;
- les rendements de cultures ne sont pas améliorés du fait de la motorisation ;
- la substitution de la main d'oeuvre et des boeufs par le tracteur semble aussi assez faible (sarclage, récolte) ;
- la motorisation se traduit d'une manière générale par un fort accroissement des surfaces cultivées ;
- la motorisation se traduit par une réduction des marges brutes et des revenus nets par actif.

Sur la base de cette recherche, l'ESPGRN déconseille la motorisation intermédiaire.

Le stockage villageois

Dans le souci d'une stabilisation des prix et revenus des paysans et d'une stimulation des investissement productifs dans le processus d'intensification et afin de mettre en place un mécanisme de maîtrise de la commercialisation et de gestion des surplus des céréales au sein des villages, l'ESPGRN et la CMDT ont entrepris une action de stockage villageois dans une dizaine de villages tests dans les régions CMDT de Sikasso et de Koutiala de 1988 à 1991.

Les résultats de la première année attestent que la prise de décision de fixation des prix d'achat n'a pas pris en compte l'environnement économique (situation au niveau des marchés hebdomadaires) ce qui s'est traduit par une vente à perte au niveau des certains villages. Il manque de l'information pour déterminer les prix. Aussi la gestion physique des stock semble poser problèmes à cause des fissures des greniers. En plus, à cause des problèmes de collaboration, résultant d'une mauvaise gestion financière, les résultats escomptés n'ont pas été atteint (Koné, 1990 ; Djouara, 1990).

Cependant, la non-autosuffisance alimentaire reste un de problèmes clefs en certains endroits de la zone Mali-sud (Kadiolo, Bougouni), qui est surtout un problème de gestion de stock (CMDT, 1993 ; Degrande & Samaké, 1994). Dans ce cadre, l'ESPGRN a entamé une recherche sur la gestion des stocks céréaliers et l'autosuffisance alimentaire (voir aussi 5.3.3.2 - culture de maïs).

Le diagnostic global de l'exploitation

Afin de mieux adapter l'outil conseil de gestion de l'exploitation (voir 5.2.1), l'ESPGRN est en train de développer un nouvel outil de diagnostic/planification de la gestion de l'exploitation. Cet outil doit étendre les domaines touchés par l'ancien conseil de gestion (élevage, activités extra-agricoles) et augmenter la participation des différents membres de l'exploitation. L'outil utilisera davantage des méthodes de recherches participatives comme l'arbre à problèmes, la classification, la carte de l'exploitation, etc. Il serait prémature de donner des résultats de cette recherche, à l'heure actuelle.

L'outil gestion de la fertilité des sols

Dans le souci d'une meilleure gestion des aptitudes productives de la terre, et une exploitation durable des systèmes de production, l'idée d'un outil conseil de gestion de fertilité est née, à l'image du conseil de gestion de l'exploitation. Depuis 1993, l'ESPGRN est en train de développer et de perfectionner une méthodologie simple de diagnostic/planification relative à la gestion de la fertilité des sols. L'outil doit permettre aux exploitants en collaboration avec l'encadrement

1) d'appréhender l'état actuel et d'analyser les contraintes de la gestion de fertilité des sols au niveau du village et de l'exploitation et

2) de raisonner des décisions à prendre et des actions à entamer en matière de gestion de fertilité des sols en tenant compte des éléments structurels des exploitations et de l'économie rurale (ESPGRN, 1994).

Le diagnostic participatif suit une démarche méthodologique comprenant trois étapes et plusieurs outils visuels. La première étape du diagnostic se fait au niveau village à l'aide de l'élaboration d'une carte de terroir et d'un exercice de catégorisation des exploitations. La deuxième étape est exécutée au niveau exploitation et repose sur un entretien à l'aide d'une carte de l'exploitation. La troisième étape est la restitution au niveau village.

La carte de l'exploitation est actuellement utilisée comme outil de diagnostic/planification. Elle permet d'analyser les stratégies paysannes de gestion de fertilité et d'étudier les flux de produits à l'intérieur et avec l'extérieur de l'exploitation. L'analyse de ces flux permet d'apprécier le niveau d'intégration agriculture-élevage et le niveau d'exploitation des ressources communales et de déceler les pertes de ressources. Tout cela mène à des recommandations d'amélioration. La carte de l'exploitation peut être utilisée comme outil de discussion dans le forum à organiser au début et à la fin de la campagne. La restitution des résultats d'analyse à travers la présentation de la carte (par le paysan) encouragera les autres exploitants à analyser leur propre exploitation pour envisager des mesures semblable.

La carte de l'exploitation pourrait aussi être utilisé comme outil de suivi/évaluation. Les paysans peuvent à intervalles réguliers amender leur carte et évaluer les changements en termes de produits et de flux, suite aux actions entreprises. Cette procédure permet aux paysans et aux chercheurs/développeurs de suivre les changements et le progrès de façon régulière dans le temps en matière de gestion de fertilité (Defoer & Diarra, 1994).

La quantification des productions et des flux de produits, amènera à une évaluation de l'importance de ces flux. Dans le cadre du suivi régulier des changements dans le temps, la quantification permettra de mieux mesurer les effets des améliorations. Ainsi l'évolution de la durabilité du système peut être mesurée en terme de nombre de liaisons entre les différentes entreprises, quantité des productions des différentes entreprises et quantité de produits échangé entre les entreprises et avec l'extérieur.

L'outil gestion des troupeaux

Le rôle premier du bétail au niveau de l'exploitation agricole est surtout, la la culture attelée, la production du fumier, comme source d'épargne des revenus coton, la satisfaction des besoins sociaux et économiques. Les bovins sont souvent gérés par les cultivateurs qui ne maîtrisent pas les techniques d'élevage et de conduite des animaux. Le suivi sanitaire des bovins et l'insuffisance de la commercialisation ont conduit à une augmentation du nombre d'animaux et progressivement à la surcharge des parcours. La conséquence de cela est une régression de la productivité animale et la dégradation des parcours.

C'est dans ce cadre, que l'ESPGRN est en train de développer un outil de gestion permettant de faciliter l'intégration des activités d'élevage dans celles de l'exploitation et de conseiller aux propriétaires du bétail de mieux gérer leur noyau d'élevage. Cette gestion devrait prendre en compte la taille du cheptel, les objectifs du paysan la disponibilité de fourrage, la capacité d'achat des intrants et les possibilités de culture fourragère. Dans la zone Siwaa une attention particulière est donnée aux producteurs du lait. En plus, les éleveurs semi-sédentaires font partie de l'échantillon.

Le diagnostic se fait en deux étapes : d'abord en groupe et ensuite en sous-groupe. Après l'hiérarchisation des problèmes-clés dans le sous-groupe, un certain nombre d'actions est défini et testé avec les paysans. L'évaluation des actions se fait périodiquement dans les sous-groupes et dans le groupe.

5.3.3.2. Les niveaux champ de culture et élevage

La culture de coton

Suite à un diagnostic agro-technique qui atteste que les rendements coton baissent depuis un certain nombre d'années et dans le but d'identifier les facteurs qui bloquent l'intensification du coton, une étude diagnostique appellée IFBIC a été entreprise. L'étude visait à établir les causes à la fois agrotechnique et socio-économiques de cette baisse de rendement coton constaté au niveau de la zone de Koutiala. L'étude a mobilisé des chercheurs thématiques (AGP, SRCFJ) et des chercheurs du DRSPR (agronomes notamment). Les résultats préliminaires font état de causes à la fois agrotechnique (problème de fertilité, de faible densité) et socio-économique (non respect des doses préconisées et non maîtrise du calendrier cultural) (DRSPR, 1992). Le rapport définitif de cette étude n'est pas encore publié. Il est par conséquent difficile de rendre compte des conclusions majeures et des mesures envisagées.

La culture de maïs

Le maïs est une importante culture céréalière qui renferme des potentialités pour atteindre l'autosufourniture en céréales et qui répond à l'intensification et aux apports d'intrants. Une étude diagnostique sur la culture de maïs dans les systèmes de production a été conduite dans le but de :
1) évaluer l'importance de la culture et la variabilité de la gestion de la culture, des stocks, de la transformation et de la commercialisation ;
2) identifier les contraintes de production et les potentialités d'augmenter la production ;
3) mieux orienter la recherche et le développement pour la promotion de cette spéculation.

L'analyse des résultats montre qu'il existe une concurrence au niveau du calendrier agricole entre cette spéculation et d'autres cultures notamment le coton, principalement au moment du sarclage et à la récolte. Le striga, l'épandage tardif des engrais et le déficit hydrique, influencé par la texture du sol, le mode de préparation des sols, le cycle des variétés utilisées et la maîtrise de la date de semis, sont des causes des faibles rendements. En plus, la transformation locale de maïs pose problème pour les femmes (Kamara et al., 1994).

Suite à ce diagnostic, plusieurs recherches ont été entamées :
1) lutte contre le striga ;
2) le calendrier agricole et le rôle des associations ;
3) étude variétale de maïs ;
4) étude de transformation locale de maïs ;
5) la gestion des stocks céréalier et l'autosuffisance alimentaire (voir plus haut).

L'état d'avancement des recherche dans ce domaine ne permet pas de formuler des recommandations pour la (pré)-vulgarisation.

Les cultures fourragères annuelles

La quantité de fourrage de qualité pour le bétail fait largement défaut pendant la saison sèche. Le niébé fourrager qui a été initialement vulgarisé n'a pas répondu aux aspirations escomptées auprès des paysans à cause des contraintes de calendrier agricole. L'association de la dolique avec le maïs est une alternative testé par l'ESPGRN durant plusieurs campagnes. Cette association a l'avantage d'être économe en surfaces. De plus, la dolique a l'avantage de rester en vert après les récoltes des maïs/sorgho. Ceci permet de lever la contrainte rencontrée au niveau du niébé. La culture de dolique en association avec le maïs est actuellement en phase de pré-vulgarisation et reçoit une attention particulière de la part de la vulgarisation.

Les soles fourragères

Pour raccourcir la durée de jachère par une amélioration de la fertilité du sol et en même temps produire du fourrage de qualité, l'ESPGRN en rapport avec le CRZ a introduit sur des jachères de courte durée, des soles fourragères pérennes à base de légumineuses (Stylosanthès).

Bien que les résultats techniques soient très intéressant et que la sole fourragère soit en phase de vulgarisation, des problèmes sont à signaler à deux niveaux :

Economique : Le fait que les productions animales soient jusqu'à une période très récente, considérées comme sous produits des productions végétales (attelage, fumure organique, troc contre la main d'oeuvre) et comme source d'épargne, il n'est pas économiquement intéressant pour l'agro-éleveur d'investir dans ces activités (Kébé, 1993). En effet, dans un modèle de programmation linéaire simple, nous avons pu montré que l'adoption de ces soles fourragères dépend en grande partie des conditions démo-économiques qui si elles étaient réunies, permettraient une meilleure gestion des productions animales et l'accroissement des effectifs (donc de la fumure organique). L'étude de Bosma et al. (1993) atteste aussi que pour un système durable de production, il faut accroître les effectifs animaux au Mali-Sud.

Sociale : De manière traditionnelle, les jachères sont d'une gestion communautaire, il est par conséquent difficile de protéger les dites soles fourragères contre la divagation des animaux, sans une protection adéquate avec du barbelé (environ 200.000 Fcfa par ha avant la dévaluation) ce qui rejoint le point un. Néanmoins, du fait de la disparition progressive des jachères et du fait que les productions animales sont de plus en plus considérées comme des activités productives à part entière au même titre que les productions végétales (embouche bovine, ceinture laitière autour de Koutiala) font que les cultures fourragères ont plus de chance d'être adopté (les effets positifs de la dévaluation semblent appuyer cette hypothèse).

Utilisation rationnelles des sous-produits

Depuis la campagne 1989/90, l'ESPGRN conduit des tests d'utilisation rationnelle des sous-produits agricoles et agro-industrielles qui visent à tester leur valorisation optimale comme aliments pour le bétail, dans le souci d'arriver à une gestion rationnelle de ces ressources. La supplémentation des animaux à base de ces produits concerne surtout les animaux de trait.

Il est clairement ressorti que l'utilisation des sous-produits n'est pas une activité rentable lorqu'il y a pas d'autres bénéfices économiques que le gain de poids. Lorsque d'autres aspects tels que l'amélioration de l'état de santé des animaux, et de leur endurance au travail surtout au début de la campagne agricole, sont pris en compte l'activité est rentable. En outre le risque de perdre l'animal est beaucoup réduit. Les paysans remarquent que les animaux tests peuvent travailler jusqu'à deux fois plus que les animaux supplémentés selon leur pratique.

Le prix actuel de l'aliment bétail permet aux paysans de disposer de différentes alternatives pour le conditionnement de ses boeufs : la culture des fourrages, l'utilisation des blocs métocour et l'enrichissement des chaumes avec le prémix. Le bloc et le prémix sont essentiellement composés de tourteaux de coton, mélasse urée, son de riz, du sel et du superphosphate. La réservation de l'aliment bétail pour le début des travaux champêtres est une stratégie beaucoup appréciée par les paysans. Pour une meilleure gestion des fourrages, le paysan peut stocker soit son fourrage dans une bonne grange (voir plus bas), soit ses chaumes hachés dans un grenier. Le bloc métocour et le prémix développé par l'ESPGRN semblent bien appréciés par les agro-éleveurs et leur fabrication dans les unités de production villageoises mérite une attention particulière de la vulgarisation.

Amélioration des techniques de stockage des fanes et fourrages cultivés (Grange)

Pour une meilleure gestion des ressources fourragères récoltées, des granges ont été construites au niveau d'un certains nombre de paysans à Koutiala en vue de mieux protéger les dites fourrages contre les pluies tardives et précoces.

L'objectif est de mettre au point des infrastructures pour le stockage des fourrages, qui permettent de maintenir leur valeur et qui sont économiquement justifiées. D'un point de vue technique, ces granges semblent assez intéressants. Toutefois, leur rentabilité économique reste à établir.

La stabulation saisonnière

La stabulation saisonnière consiste à apporter aux animaux toute la ration alimentaire dans l'enclos pendant la saison sèche et le début de la saison des pluies. Cette ration, composée de chaumes de céréales hachés enrichis d'un prémix contenant les tourteaux de coton, la mélasse, l'urée, le son et des minéraux, permet de conditionner les animaux de traction ou de maintenir mieux les reproductrices et veaux. Ce type de conduite permet aussi, de diminuer les pertes, de produire du fumier et du lait et de protéger l'environnement.

La stabulation saisonnière est en phase de pré-vulgarisation avec la CMDT depuis la campagne 1993/94. L'expérience de Tominian montre que la bonne exécution de la stabulation demande le stockage des chaumes, l'achat d'un prémix et la gestion commune d'un hache-paille, fabriqué par les forgerons locaux. Le bas niveau de cotisations, convenu par les villageois, pourrait indiquer que le prix constitue une barrière pour l'utilisation du hache-paille. Il n'est pas évident qu'une unité motorisée sur un plateau multi-fonctionnel (projet UNIDO/FIDA, constructeur EMAMA, Sikasso), qui diminue l'effort physique demandé, enlève la barrière du coût.

5.4. Quelles perspectives ?

Au niveau du terroir villageois le souci de satisfaire les besoins d'une population sans cesse croissante suppose une redéfinition des modes gestion et nécessite une nouvelle réglementation dans le domaine des ressources naturelles communales. Les effets de la pression démographique et de l'extension des superficies cultivées, combinés avec un environnement socio-économique peu favorable font que la durabilité des systèmes de production est menacée dans la zone de Koutiala qui se situe au « coeur de la zone cotonnière ».

Les différentes études et activités effectuées par l'ESPGRN attestent toutes la difficulté que peuvent avoir les paysans pour gérer de façon durables leurs ressources naturelles, aussi bien au niveau du terroir (inter)-villageois qu'au niveau exploitation. Bien que les paysans soient de plus en plus conscient de la nécessité du maintien de la fertilité des sols pour garantir leur productivité et prévenir leur dégradation, beaucoup reste à faire.

D'un point de vue agro-technique, ce sont surtout les cultures céréalières (mil/sorgho) qui accentuent la dégradation des sols. En effet les arrières effets des intrants apportés sur le coton en tête de rotation ne semblent pas compenser les exportations. Le défi de la recherche est de trouver des variétés nouvelles adaptées aux contraintes climatiques à forte réponse aux intrants qui se substitueraient à la terre (Kébé, 1993 ; Kébé & Brons 1994). Pour cela le maïs est une culture prometteuse (Kamara et al. , 1994) [5].

De telles variétés n'ont de chance d'être adoptées par les agriculteurs, que lorsque l'environnement économique est suffisamment incitatif. Le désengagement de l'état dans la commercialisation des céréales fait que le risque économique est devenu plus important et ne permet plus aux exploitants de faire des anticipations qui encourageraient les investissements productifs.

De plus, la dévaluation du FCFA semble créer des opportunités nouvelles pour les productions animales. Si les organisations paysannes arrivent à s'approprier des retombées de cette opportunité, il est probable qu'à terme, elles puissent changer de mode de conduite et investissent dans les dites productions. Une des conséquences de la modification du système de gestion des espaces agro-pastoraux est l'augmentation de la disponibilité en fumure organique essentielle pour le maintien et la restauration de la fertilité des sols.

Le développement de petites unités de transformations (minoteries, laiteries) est aussi de nature assurer une certaine diversité des sources de revenus pour les agro-éleveurs de la zone de Koutiala.

Rôle de l'ESPGRN

La recherche dans le cadre des tests GTV est à poursuivre afin d'évaluer et d'appuyer le processus vers une gestion collective du terroir, le développement des réglementations par les villageois, l'interaction entre villages et services techniques, etc. Une des questions principales dans ce domaine est « comment accélérer le processus ». Ainsi les réflections autour des mesures incitatrices nécessitent plus d'attention. Dans le souci de l'équité, la recherche en matière de GRN portera aussi sur les voies et moyens pour assurer la prise en compte des intérêts des différentes catégories villageoises (avec une attention particulière sur les intérêts des femmes).

Des recherches sont à poursuivre dans le domaine des bilans quantitatifs comparant la situation actuelle avec les normes de références pour une exploitation durable des ressources naturelles (principalement le bois et les pâturages). L'implication des utilisateurs est indispensable pour assurer l'utilité de tels bilans. Aussi les expérimentations de gestion de pâturage et de bois sont à continuer avec la pleine participation des populations.

Dans le cadre de la durabilité des systèmes de production et l'intégration de l'agriculture-élevage, les activités principales de l'ESPGRN se poursuivront dans le domaine de :
1) la gestion de la fertilité des sols ;
2) le maïs ;
3) la lutte contre le striga ;
4) les cultures fourragères ;
5) la gestion des troupeaux.

Le fil rouge des recherches de l'ESPGRN est la participation paysanne.

D'un point de vue institutionnel, certaines expériences en cours méritent d'être suivies. Avec la création de la mutuelle des paysans (Kafo Jiginew) en rapport avec le PRMC, des expériences de crédit à la commercialisation et de recherche de marchés aussi bien au niveau national que régional sont en cours. L'institutionnalisation d'un tel système permettra très certainement, de minimiser les risques et de faire des anticipations.

Par anticipation, on peut espérer que l'implication des organisations paysannes (AVs, SYCOV), dans la gestion du crédit et la recherche de débouchés pour les différentes productions peut créer un climat de confiance au niveau des exploitants. Des dispositions législatives et réglementaires doivent être mises en oeuvre dans des zones à forte pression en vue d'une meilleure sécurisation foncière favorable aux investissements nécessaires pour une agriculture et un élevage durable.

5.5. Références

Bagayogo, S., R. Bosma, T. Defoer & S. Diarra, 1994. Participation dans la Classification et la Gestion des Pâturages Naturels. Document ESPGRN ndeg. 94/22, Sikasso.

Brons J., H. Djouara, S. Diarra, S. Bagayoko & I. Dembélé, 1994. Les systèmes de production rurale au Mali-Sud: étude sur les facteurs d'intensification agricole (version provisoire). ESPGRN/Sikasso.

Bosma, R., M. Bengaly & T. Defoer, 1993. Pour un système durable de production : augmenter le bétail. Communication présentée à la conférence internationale organisée par le CIPEA/ILCA : "Elevage et cycle viable des éléments nutritifs dans les systèmes mixtes agriculture-élevage de l'Afrique sub-saharienne". 22-26 novembre 1993, Addis Abeba.

Campen, W. van, & M. Sidibé, 1993. Rapport de mission d'appui au Programme de Recherche sur la gestion des Ressources Naturelles. Institut Royal des Tropiques (KIT), Amsterdam.

CMDT/IER/KIT, 1988. Mémento "approche village". Version provisoire.

Coulibaly, N. & R. Jodersma, 1991. Réglementation de l'utilisation des ressources naturelles. Cas des 6 villages de la zone Siwaa de Koutiala. DRSPR, Sikasso.

Defoer, T. & S. Diarra, 1994. Diagnostic Participatif de la Gestion de Fertilité des Sols. Aspects méthodologiques. Document ndeg. 94/20, ESPGRN/Sikasso.

Diarra, S., T. Hilhorst & N. Coulibaly, 1994. Vers une gestion durable des ressources naturelles. Quelques expériences avec des programmes tests gestion du terroir villageois au Mali-Sud. ESPGRN/Sikasso.

Djouara H., 1990. Stockage villageois des cérales (10 villages de Sikasso et Koutiala).

DNSI, 1990. Enquête budget consommation 1988-1989 : résultats. Bamako, MPCI, 119 p.

DNSI, 1991. Enquête budget consommation (1988-1989), analyse préliminaire. Bamako, MPCI, 54 p.

Doucouré, A., T. Defoer, A. Kamara & J. Brons, 1994. Complémentarité entre la Méthode Accélérée de Recherche Participative Thématique et le Diagnostic Formel. Cadre Conceptuel et Expériences en Zone Mali-Sud. Cas de l'étude 'Diagnostic du maïs dans les systèmes de production'. ESPGRN/Sikasso.

DRSPR, 1993. Approche Gestion de Terroir Villageois. Proposition d'une méthodologie. Document de travail. DRSPR/Sikasso.

DRSPR, 1984 à 1993. Commission technique sur les systèmes de production rurale: synthèse des résultats de la campagne 1984/85 à 1993/93. DRSPR/Sikasso.

ESPGRN 1994. Comité technique régional de la Recherche agricole. Synthèse des résultats de la campagne 1993/94. ESPGRN/Sikasso.

ESPGRN 1994. Amélioration du Conseil de Gestion de l'Exploitation. Rapport d'étape. Document Ndeg. 94/01 ESPGRN/Sikasso.

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Jager, E.J.,1990. Rapport socio-économique de la motorisation intermédiaire en zone Mali-Sud, 1988-1989.

Jansen, L. & S. Diarra, 1990. Le Mali-Sud vu "superficiellement" quantification des superficies agricoles et la dégradation pur quatre terroirs villageois entre 1952 et 1987. Université Agronomique, Wageningen (NL)/DRSPR, Sikasso/IER, Bamako.

Joldersma, R., N. Coulibaly & B. Fomba, 1991. Evaluation du transfert d'un message. Le cas du 'Conseil de Gestion'. DRSPR, Sikasso.

Kaya Bocary, 1987. Rapport de stage effectué au DRSPR.

Kébé Demba & Fomba Baba. Le conseil de gestion au stade expérimental.

Kébé D., 1993. Croissance démographique et Intensification agricole au Mali : Modélisation technico-économique des systèmes agraires villageois. Thèse de Doctorat en Agro-économie. Montpellier, ENSAM.

Kébé D. & J. Brons, 1994. Quand le rythme du tam-tam change... Le producteur coton et le développement durable au Mali-sud. Document introductif présenté à la Journée de reflexion organisée par le SNV, Bamako.

Kleene P., Sanogo Bakary & G. Vierstra, 1989. A partir de Fonsébougou. Présentation, objectif et méthodologie du Volet Fonsébougou. IER/KIT.

Koné Yacouba, 1990. Le stockage villageois des céréales : quelques réflexions sur la situation actuelle et les perspectives d'avenir.

Leloup S. & M. Traoré, 1989. La situation fourragère dans le sud-est du Mali: région CMDT de Sikasso et de Koutiala, une étude agro-écologique. Amsterdam, IRRT.

Séminaire IER-CRDI, Sikasso 9-15 Septembre 1984.

Poel, P. van der & B. Kaya, 1992a. Adoption des mesures de lutte anti-érosive par des paysans de villages non-encadrés autour de Kaniko et Try en zone Mali-Sud. DRSPR, Sikasso.

Poel, P. van der & B. Kaya, 1992b. faut-il subventionner les travaux de lutte anti-érosive? Le transport des pierres pour la confection des cordons pierreux à Tominian. DRSPR, Sikasso.

Poel, P. van der & B. Kaya, 1992., 1992c. La régénération de la végétation sur des terrains dénudés. Tests sur les berges du marigot à Kaniko. DRSPR, Sikasso.

5.6. Annexes

Annexe 1 : ZAERs concernées par le conseil de gestion de l'exploitation (1986).

Régions CMDT
ZAER
Villages
exploitations
suivies
Bougouni
-
Kotieni
3
Fana
Djébé
Seguéné
3

Massigui
Massigui
3
San
Tonto
Tonto
3
Sikasso
Sanzana
N'golasso I
5

Doumanaba
Doumanaba
3
Koutiala
Kaniko
Kaniko
9


Ngoukan
4


Try I
2


Try II
1

Karangana
Karangana
3


Sinkolo
2

Karangouana
Karangouana
2

Ntossoni
Ntossoni
7


Bambougou
3

Annexe 2 : Application de l'apporche village : répartition des villages par région CMDT.

Villages
Secteurs
Régions CMDT
Doniéna
Sikasso
Sikasso
Kasanso
-"-
-"-
Touroumandié
Kléla
-"-
Maro
-"-
-"-
Laminibougou
Sikasso
-"-
Filima
Koutiala
Koutiala
Mougnan
Yorosso
-"-
Tiankoro
-"-
-"-
Dionkouna
-"-
-"-
Kouloumassala
-"-
-"-

6. Modélisation des ménages paysans pour une utilisation durable des ressources du terroir : Estimation de l'efficacité des instruments de prix et du marché

G. Kruseman*, R. Ruben** & H. Hengsdijk*

* Centre de Recherches Agrobiologiques et de Fertilité de Sol (AB-DLO),
P.O. Box 14, 6700 AA Wageningen, les Pays-Bas
** Département d'Economie de D'veloppement, Université Agronomique,
Hollandseweg 1, 6706 KN Wageningen, les Pays-Bas

Résumé

L'approche de modélisation des exploitations présentée dans cet exposé simule les réponses au micro-niveau en intégrant des données biophysiques et socio-économiques. Le corps de l'approche est un modèle de programmation linéaire qui utilise les modules individuels pour spécifier les fonctions objectifs du ménage paysan, les prix, et les systèmes de production. L'approche contient en plus une méthodologie pour peser les objectifs du ménage paysan. Le modèle a été étalonné pour une exploitation typique du cercle de Koutiala au Sud du Mali, c'est-à-dire la famille paysanne, pour calculer l'effet de plusieurs instruments de politique : prix, développement des marches et changement en options technologiques. Les résultats, mesurés en termes d'élasticités concernant les réponses des fermiers, indiquent le rythme et la direction du processus d'utilisation du terroir par suite de changement de l'environnement socio-économique.

Mots clés : Modèle de ménage paysan, programmation linéaire, utilisation durable du terroir, scénarios politiques, Mali

6.1. Introduction

On fait l'analyse des options d'utilisation du terroir en considérant les niveau hiérarchiques, c'est-à-dire les champs, l'exploitation et la région en tenant compte des interactions entre les variables biophysiques et socio-économiques (Kruseman et al., 1993). Les quantifications des actions réciproques est en termes de « trade-offs » entre variables à la fois dans et entre les niveaux de systèmes.

Dans le cadre de l'analyse intégral d'utilisation durable du terroir, il y a des études distinctes avec de buts différents (Hengsdijk & Kruseman, 1993 ; Rabbinge & van Ittersum, 1994). Dans les études exploratoires ( Veeneklaas et al., 1990 ; Rabbinge & Latesteijn, 1992 ; EMS, 1994) on analyse les options à long terme, dans lesquelles l'information technique et biophysique génère en termes de politique de développement des scénarios d'utilisation du terroir dont converge les possibilités techniques, écologiques, agronomiques et macro-économiques à long terme. C'est-à-dire la frontière limitant des options de développement vraisemblables.

En même temps l'analyse faite avec les études de ménages paysans montre les possibilités institutionnelles et instrumentales influençant la conduite des acteurs au micro niveau. Les ménages paysans décident de l'utilisation du terroir, guidés par leurs buts et aspirations. Les décisions sont structurées par les ressources disponibles, les activités faisables et les contraintes externes biophysiques et socio-économiques. Les modèles de simulation des décisions des ménages paysans (Singh et al., 1986 ; Kruseman et al., 1994b) donnent un aperçu des réponses des ménages aux conditions qui existent.

Le rapport entre les décisions politiques et les réponses des ménages paysans est fonction de l'environnement socio-économique comprenant les marchés, les services et l'infrastructure. On analyse les instruments de politique qui peuvent occasionner des réponses au niveau de l'exploitation ; des réponses qui sont compatibles avec les buts politiques.

L'exposé actuel couvre un approche de modélisation utilisée par l'analyse des réponses des ménages paysans à court et moyen terme. Elle opère des changements d'utilisations de champs et de bétail ainsi que le choix technologique par suite de changements spécifiques dans l'entourage socio-économique avec le but d'aider les décideurs politiques. L'implication de ce but est que les résultats des modélisations doivent tenir compte des études exploratoires faites au niveau régional.

L'étude de cas se réfère au cercle de Koutiala au Sud du Mali. Son objectif intéresse la région et le but le plus important est de ralentir la dégradation du sol tout en garantissant la sécurité alimentaire et la production de coton comme culture monétaire. L'analyse concerne les ménages sédentaires pratiquant les activités de culture et d'élevage. Les résultats présentés dans cet exposé indiquent le rythme et les directions de changements dans la structure de production d'une exploitation typique.

Dans la première partie de l'exposé, on présente l'approche de modélisation, dont les différences les plus importantes par rapport à d'autres approches sont mises en avant en montrant la base empirique. Ensuite on présente brièvement les instruments politiques liés aux buts régionaux. Après, on peut montrer les « trade-offs » entre la durabilité et la sécurité alimentaire pour les instruments sélectionnés en termes d'élasticités calculées avec les résultats du modèle. Ensuite on présentera une discussion sur le modèle et les améliorations qui sont possibles et nécessaires afin d'obtenir des résultats fiables et des outils concernant le but final de cette étude dont l'objectif est de donner un appui certain aux décideurs politiques.

6.2. Le modèle

6.2.1. L'approche de modélisation et structure du modèle

Les ménages ont beaucoup de buts distincts qui sont souvent incompatibles. Selon le postulat de rationalité, ils doivent maximiser leur bien-être en attachant du poids à chaque but, parce qu'ils tiennent compte des critères de production et de consommation à la fois. Les buts du ménage paysan se réfèrent aux revenus (consommation), à la gestion de risque (la sécurité alimentaire à long terme). On peut considérer le but de production en tenant compte de critères sélectionnés de durabilité agro-écologique.

L'approche de modélisation présentée dans cet exposé est une adaptation du modèle de base du ménage paysan présenté par Singh et al. (1986). Elle se base aussi sur des travaux antérieurs de Barnum & Squire (1978, 1979a, b). Ce modèle simule les décisions de consommation et de production liées, ce qui implique la maximisation d'une fonction d'utilité soumise aux contraintes de temps et de revenus. La contrainte de revenu suit des activités productives, qui sont modelées en termes de fonction de production (continues). La main-d'oeuvre est comprise dans la fonction d'utilité donc il comprend à la fois des aspects productifs et des aspects de consommation (temps libre) à la fois.

Dans l'approche adaptée de modélisation des ménages paysans, les décisions optimales sont modelées avec la programmation linéaire au lieu d'une fonction continue de production. Car les activités productives sont décrites en termes de paquets technologiques, c'est-à-dire le résultat des actions de productions utilisant des intrants nécessaires pour obtenir des extrants désirables. Les fonctions continues de productions ne peuvent pas suffisamment expliquer les changements technologiques. Pourtant la programmation linéaire simple donne des solutions optimales pour le seul but spécifié.

Les actions réciproques entre les domaines socio-économique et biophysique et entre les niveaux hiérarchiques, d'autre part sont tellement complexes, qu'il est nécessaire d'utiliser une approche modulaire en facilitant l'analyse globale (Hengsdijk & Kruseman, 1993). Cette approche modulaire aide dans le cas des circonstances plus fréquentes, quand il n'y a pas le même degré de plénitude dans les données, que lorsque la plupart sont bien limités.

Dans la Fig. 6.1 la structure du modèle est présentée . D'abord le modèle calcule l'optimum pour chaque fonction objectif en utilisant des données générées dans les différents modules. Dans la démarche suivante, en utilisant les poids des buts, on simule les décisions sur la structure de production.

Figure 6.1. La structure du modèle.

Les paramètres pour la fonction objectif se réfèrent à l'utilité de consommation définie dans le module budgétaire. Ils se réfèrent aussi à la gestion des ressources du terroir déjà définis dans le module des systèmes de production. Le but de gestion de risque est lié à la quantité d'animaux disponibles, comme le bétail est la forme prédominante d'épargne dans le Sahel.

Jusqu'en 1987/88 les prix agricoles sont fixés d'avance, depuis cette année il y a eut la libéralisation des prix qui dépendent de l'offre et de la demande. Dans le module des prix on calcule les prix d'attentes et les coûts de transaction. Le module des systèmes de production calcule les paramètres des activités d'utilisation du terroir. Ce module génère les coefficients d'intrants et d'extrants, qui incluent les indicateurs indispensables à l'évaluation de la durabilité agro-écologique.

On a développé plusieurs stratifications des exploitations (de Steenhuijsen Piters, 1990 ; DRSPR, 1993a). Les données sur les ressources de l'exploitation typique proviennent d'une étude (Salverda, 1994) faite à base du suivi évaluation fait par le DRSPR (1993b). Les contraintes institutionnelles et d'information additionnelle nécessaires pour définir le fondement des ressources proviennent de l'analyse régionale. Tandis qu'il manque les marchés des facteurs de productions, ils ne sont pas inclus complètement dans le modèle, comme il y a seulement la possibilité d'obtenir le crédit lié à la production monétaire.

Dans les sections suivantes sont présentées les modules différents :
1) le module budgétaire ;
2) le module des prix ;
3) le module des activités productives ;
4) le module de stratification des exploitations ;
5) le générateur des poids de buts.

6.2.2. Module budgétaire

La fonction d'utilité de consommation est définie avec l'analyse du budget familial. Pour toutes les catégories de produits c, on peut caractériser l'utilité dérivée de la consommation (soit en termes physiques, soit monétaires), avec les fonctions suivantes :

(équation 6.1)

(équation 6.2)

Uc = utilité de consommation de produit c ;
pc = prix de produit c ;
Cc = consommation de produit c.

Le postulat selon lequel les utilités partielles son additives admet le calcul de l'utilité totale :

(équation 6.3)

Si le ménage essaye de maximiser l'utilité totale (Umax), dans la situation équilibrée, étant donné la contrainte budgétaire, chaque changement dans la distribution des dépenses optimales abaisse cette utilité totale. C'est-à-dire, l'utilité marginale des dépenses sur le produit est égal pour tous, étant donné le niveau des dépenses totales. Pour chaque niveau de revenus, il y a un coefficient d'utilité marginale unique ():

(équation 6.4)

Il est possible d'estimer toutes les fonctions d'utilité s'il y a au moins pour deux produits des fonctions d'utilité avec la forme exponentielle négative, décrit par Kruseman et al. (1994b) fondé sur la fonction d'utilité de richesse utilisé par Anderson et al. (1977) dans l'analyse de risque. La forme fonctionnelle qui a des propriétés asymptotiques permet de laisser, postuler un niveau de dépenses où l'utilité maximale est presque atteinte, donc il est possible d'estimer le facteur de conversion de consommation à l'utilité et ensuite toute la fonction :

(équation 6.5)

et

(équation 6.6)

= utilité maximale de consommation de produite c ;

= utilité marginal ;

= facteur de conversion de consommation à l'utilité.

En tenant pour tous ces niveaux de dépense totalement différentes, il est possible de calculer les fonctions d'utilité qui ont des formes distinctes, lesquelles, par simplicité, tiennent la forme hypothétique suivante :

(équation 6.7)

et

(équation 6.8)

= facteur de conversion de consommation à l'utilité ;

= consommation de produit i ou temps libre.

Les paramètres des fonctions d'utilité sont estimés avec une enquête de budget de consommation (DNSI, 1989). Pourtant, souvent il est possible de déterminer les élasticités prix de la demande en utilisant des sources externes (Tsakok, 1992). En utilisant un budget hypothétique dans le calcul de l'utilité, il est possible d'incorporer ces élasticités. Soit que l'emploi du prix de l'année de base résulte dans une élasticité zéro, soit que l'emploi du prix courant résulte dans une élasticité de valeur 1. En utilisant la contrainte de combinaison convexe (Hazell & Norton, 1986), il est possible de linéairiser les fonctions.

6.2.3. Module des prix

Dans les modèles de réponse de l'offre le fondement principal est l'existence d'un rapport entre les prix et le volume de production qui dépend des élasticités relatives de l'offre et de la demande. Au début du cycle agricole le fermier doit prendre ses décisions sur la base du prix d'attente.

Si les prix sont connus d'avance, par exemple il y a des prix fixés par l'état, ces prix sont les prix d'attente. Pourtant dans le cas du marché libre, les prix d'attente peuvent être considérés comme la moyenne des prix passés chargés de poids. Quoique des systèmes compliqués aient été développés pour estimer ces poids, pour le moment le prix d'attente est défini comme :

(équation 6.9)

avec

(équation 6.10)

= prix d'attente en période t ;

= coefficient d'attente.

On a donné aux coefficients d'attente les valeurs de 0,5, 0,25 et 0,25 respectivement. L'usage de valeurs qui sont un peu différentes ne changent pas du tout les prix d'attente à long terme.

Dans la région sahélienne, avec une infrastructure peu développée, et une faible intégration des ménages paysans au marché, les coûts de transaction jouent un rôle très important (Goetz, 1992). Les deux composantes principales des coûts de transactions sont les coûts de transport et d'information. Les coûts de transport peuvent être calculés sur la base de la différence entre le prix au niveau producteur et le prix au niveau du marché.

En utilisant à la fois l'analyse de différence des prix courants et l'analyse hédoniste des prix (Griliches, 1964 ; Rosen, 1974 ; Lucas, 1975) on peut conclure que les prix au niveau de producteur sont 12% plus bas que ceux au niveau du marché. L'analyse hédoniste indique qu'il y a des différences significatives entre des saisons. Bien que les différences saisonnières ne sont pas inclues dans le modèle, ils peuvent tenir une influence importante sur les revenus dans le cas où les fermiers doivent vendre ses récoltes directement pour s'acquitter des prêts.

6.2.4. Module des systèmes de production

Dans l'analyse des décisions de production, les choix technologiques sont nécessaires pour évaluer la durabilité agro-écologique. Les fonctions continues de production standardisées, utilisées par les économistes, ne suffisent pas, parce qu'ils ne tiennent aucun compte des propriétés synergiques des intrants agricoles (de Wit, 1992). Les technologies appliquées doivent être des combinaisons équilibrées des intrants comme l'eau, les engrais, les herbicides, la main-d'oeuvre et l'équipement. La programmation linéaire est la modélisation du choix entre paquets technologiques, c'est-à-dire les systèmes de production qui sont définis en termes d'intrants qu'exigent la production de certains extrants.

Les systèmes de production de culture dans le modèle se réfèrent aux systèmes actuels et encore aux systèmes alternatifs pour les cultures de coton, mil, niébé, sorgho, arachide et maïs. En outre, il y a des systèmes de production de bétail, déterminés pour le troupeau, les boeufs de labour et les petits ruminants (ovins et caprins). Le dernier type de système se réfère au parcours (Hengsdijk et al., 1994).

La définition des systèmes de production de cultures actuels est basée sur le suivi évaluation (DRSPR, 1993b), sources secondaires (van Duivenbooden et al., 1990) et modèles de simulation, tandis que les systèmes alternatives se basent sur des modèles de simulation de croissance des plantes et connaissance d'experts (EMS, 1994). La différence primaire entre les systèmes actuels et alternatifs est que les systèmes alternatifs ont un bilan de carbone équilibré, tandis que les systèmes actuels (qui ne sont pas toujours durables) ont souvent un bilan négatif. Les systèmes de production de cultures sont définis, avec cinq autres variables. D'abord il y a le type de sol, avec quatre types qui couvrent les principaux sols de la région. En deuxième lieu il y a les niveaux de production, qui comprennent les classes extensives, semi-intensives et intensives. En troisième lieu il y a la forme d'utilisation des résidus de culture, soit comme fourrage pour le bétail, soit comme source de matière organique pour le bilan de carbone. En quatrième lieu il y a l'existence ou non d'infrastructure de lutte anti-ruissellement et en dernier lieu il y a le type d'année normale ou sèche (EMS, 1994).

La définition des systèmes de production animale dépend du type d'animal. Concernant le niveau d'alimentation il est lié au niveau de croissance des animaux et détermine les stratégies de vente (Ketelaars, 1993).

La durabilité du système est mesurée en termes de bilan de carbone à cause du rapport entre le taux de recouvrement des éléments nutritifs (N, P, K) et le contenu en matière organique dans le sol.

6.2.5. Module de stratifications des exploitations

Au Mali, dans la tradition de recherche économique et la recherche de systèmes de fermes, la typologie des exploitations se définie seulement sur la base de ressources disponibles, souvent en termes de terroir disponible rapport de ressources humaines aux ressources de terroir (Leesberg et al., 1990). Au Sud du Mali les stratifications utilisent aussi la disponibilité de traction animale (ressources de capital) (de Steenhuijsen Piters, 1990 ; DRSPR, 1993a ; van der Pol, 1993). Il y a un autre mode de stratifier les exploitations, non seulement en termes de ressources, mais en termes des buts de ménage paysan (Kruseman et al., 1994a). Les exploitations typiques ont des buts totalement différents ou les poids des buts sont différents. Le postulat principal est que les buts du ménage et ses poids sont stables au cours du temps.

La combinaison des ressources disponibles et fonction objectif avec les poids de buts correspondants, détermine la structure de production, étant donné les circonstances socio-économiques et biophysiques externes. En utilisant l'analyse des facteurs pour déterminer les sources de variation en structure de production et ressources disponibles, il est possible d'éprouver l'hypothèse qu'un ensemble d'exploitations appartiennent à plus qu'un type d'exploitation. Des 31 exploitations inclues dans le suivi évaluation du DRSPR, utilisé dans l'analyse présente, seulement trois exploitations ne répondaient pas au critère pour être inclues dans l'exploitation typique.

On peut caractériser cette exploitation typique comme une exploitation de 13 hectares de superficies cultivées, 14 têtes de troupeau, 4,5 boeuf de labour, 9 têtes de petits ruminants (ovins et caprins), 18 membres de famille, équipement agricole complet ou presque complet.

6.2.6. Générateur des poids de buts

Tandis qu'il est presque impossible de tirer les buts en forme directe, il est possible à base théorique de postuler une quantité de buts tentatives (G1... Gq). Pour définir l'importance relative de chaque but, on peut formuler un procédé de programmation de buts chargé de poids, dont wq est le poids relatif de chaque but (Romero, 1993). Puisque les buts se réfèrent au concept distinct, souvent mesurés avec des indicateurs incompatibles, on ne peut pas faire l'addition des buts. Les poids indiquent l'importance relative de « trade-offs » entre buts différents. La matrice des paiements pour un type d'exploitation comprend les équations suivantes :

(équation 6.11)

= valeur de but i soumis au maximisation de but j ;

= poids relative de but i,

avec

(équation 6.12)

Etant donné 1) un ensemble d'activités et contraintes et 2) un ensemble de buts, il est possible de calculer les valeurs de but soumis à l'assomption de l'optimisation partielle. Le résultat est la matrice [Gqq]calc dans laquelle Gqq représente les valeurs des indicateurs i soumis à l'optimisation des buts j. On peut confronter cette matrice de résultats du modèle avec des données empiriques.

Tandis qu'il est possible de définir des variables pour mesurer les valeurs des indicateurs des buts au niveau du modèle, souvent c'est presque impossible de les quantifier en utilisant des données empiriques. L'approche alternative pour déterminer les poids de buts développés dans cette étude comprend l'utilisation des variables dérivées, qui réfèrent un rapport à un ou plusieurs buts. Ces variables doivent être empiriquement vérifiables aussi bien que calculables avec le modèle.

(équation 6.13)

= valeur de variable n soumis au maximisation de but q ;

= valeur empirique de variable n ;

= poids de but q.

Une démarche cruciale est la définition des buts. Ils doivent être autant indépendants que possible, pour prévenir l'occurrence de multicollinéairité. Dans le cas du modèle d'exploitation du Cercle de Koutiala, on définie trois buts tentatifs :
1) maximisation de l'utilité de consommation ;
2) durabilité en termes de bilan de carbone ;
3) assurance contre la sécheresse en termes de quantité de têtes de bétail.

Ces buts sont suffisamment indépendants et mesurés en unités distinctes.
Les variables utilisés étaient :
1) taille de troupeau ;
2) nombre de têtes de petits ruminants ;
3) superficie de coton ;
4) superficie de céréales ;
5) superficie de grains légumineux ;
6) superficie de jachère.

On a calculé les poids des trois buts comme 0,9 pour l'utilité de consommation et 0,1 pour la durabilité. L'assurance contre le risque n'avait pas de poids significatif. D'abord on peut dire que l'assurance se mesure en termes de changement des ressources de bétail, tandis que l'information disponible, dans cette étude, traite seulement une année. En deuxième lieu on peut postuler que les ménages font les investissements (en bétail) avec le surplus sur les revenus attendus. Le modèle simule la structure de production à base d'attentes, qui implique l'absence de surplus pour investir.

6.3. Instruments de politique

Le but régional principal dans cette étude est en rapport avec la durabilité agro-écologique. Ce but a des charges contre des buts socio-économiques comme l'excédent d'exportation et la sécurité alimentaire. Ces buts régionaux peuvent être considérés au niveau de l'exploitation comme des indicateurs tels : le bilan de carbone en cas de durabilité ; la production de coton en cas d'excédent d'exportation ; et la production céréalière en cas de sécurité alimentaire.

Les instruments de politique pour influer les décisions des ménages paysans concernant l'utilisation du terroir, de telle sorte qu'on peut atteindre les buts régionaux qui sont les instruments de prix, de développement des marchés et la politique technologique. Les instruments de prix se réfèrent à l'utilisation des subventions et impôts pour changer les prix d'intrants et produits agricoles. L'instrument de développement des marchés se réfère pour la plupart du temps aux changements dans les possibilités d'obtenir des intrants et des facteurs de production hors de l'exploitation. Quant à l'instrument de politique technologique, il se réfère à l'accroissement de la disponibilité de techniques nouvelles.

6.4. Elasticités et réponses

On définit l'élasticité comme des raisons, qui sont validés pour un changement de prix jusqu'à 15 % dans chaque direction. Pour des changements plus grands, qui n'existent presque jamais en politique déterminée, mais qui existent à cause des facteurs externes, les valeurs des élasticités changent à cause des marchés unis.

Les réponses se réfèrent au changement en politique de marché ou en politique technologique, c'est dans ce cas qu'on ne mesure pas les réponses en termes d'élasticités.

Les changements de la structure de production se mesurent à partir du résultat sans aucun changement politique (situation de base). Pour les scénarios de politique les poids de buts au niveau d'exploitation ne change jamais parce qu'on postule les préférences stables à court et moyen terme.

Les élasticités se définissent comme :

(équation 6.14)

Xi = indicateurs : revenues, superficie, utilité, bilan de carbone, bétail ;

U = Utilité de consommation ;

pj = prix : engrais, coton ;

= élasticité d'indicateur i au prix j.

Le Tableau 6.1 montre les élasticités et l'effet du changement des prix des engrais et coton pour quelques indicateurs sélectionnés.

Tableau 6.1. Elasticités calculées à base des résultats du modèle en utilisant seulement les systèmes de production actuels et en analysant changements marginaux pour les prix d'engrais et du coton.


situation
actuel
prix des
engrais
prix de coton

prix des
engrais
prix de coton



-5%
+5%
Elasticité
Elasticité
Revenues (Fcfa)
1902984
1907573
1959886
-0,06
0,61
Bilan de carbone (kg ha-1)
-1388
-1388
-1387
0,00
-0,01
Bilan d'azote (kg ha-1)
-64
-65
-65
-0,02
0,05
Coton (ha)
4,25
4,26
4,26
-0,01
0,03
Céréales (ha)
5,60
5,65
5,76
-0,12
0,32
Grains légumineuses (ha)
2,05
2,00
1,90
0,31
-0,83
Jachère (ha)
0,86
0,86
0,85
0,05
-0,25
Troupeau (numéro)
13,80
13,80

0,00
-0,07
Boeuf de labour (numéro)
4,45
4,45
4,45
0,00
0,00
Ovins et caprins (numéro)
7,28


1,02
-1,58

Les changements des prix n'affectent pas beaucoup la structure de production, donc la durabilité des systèmes non plus. Ce résultat est à jour avec d'autres résultats des études sahéliennes (Goetz, 1992 ; Debrah & Sissoko, 1990 ; Budd, 1993) dans lesquelles on trouve une faible intégration des paysans au marché. Quant au coton, la culture de rente de la région, on voit qu'il n'y a pas beaucoup de possibilités d'agrandir la superficie à cause des exigences de rotation (1:3).

Dans le Tableau 6.2 on voit l'effet de l'introduction de la technologie durable, par exemple à cause de la vulgarisation, qui mène aux changements marginaux de la structure de production. L'augmentation des revenus de 5 % n'est pas très grande, parce que les ménages paysans ne changent guère leur systèmes de production. Seulement dans le cas des graines légumineuses il y a des possibilités.

Il y a des contraintes importantes pour l'introduction de technologie durable. Pour identifier ces contraintes, on fait marcher le modèle sans limiter les accès au crédit, c'est-à-dire, qu'il est possible pour les paysans d'acheter leurs besoins en équipement et animaux. Comme résultat les revenus augmentent et un système plus durable au niveau d'exploitation est possible. Le problème principal avec de ce scénario est le fait que les systèmes de parcours ne sont pas définis d'une manière durable, c'est-à-dire que tous les résultats positives mènent à une dégradation accélérée du terroir commun. Pour toutes les cultures on adopte des systèmes alternatifs.

Tableau 6.2. Réactions hypothétiques à l'introduction de technologie durable.


Situation actuelle
Situation alternative
Réaction
Revenues (Fcfa)
1902984
1996412
0,05
Bilan de carbone (kg ha-1)
-1388
-998
-0,28
Bilan d'azote (kg ha-1)
-64
-37
-0,43
Bilan de phosphate (kg ha-1)
-3
5
-2,78
Bilan de potasse (kg ha-1)
-34
-22
-0,35
Coton (ha)
4,25
4,24
0,00
Céréales (ha)
5,60
4,95
-0,12
Grains légumineuses (ha)
2,05
2,95
0,43
Jachère (ha)
0,86
0,63
-0,27
Troupeau (numéro)
13,80
14,34
0,04
Boeuf de labour (numéro)
4,45
4,45
0,00
Ovins et caprins (numéro)
7,28
7,87
0,08

6.5. Discussion et conclusions

Le modèle présenté dans cet exposé est en train d'être développé, c'est-à-dire qu'il manque à ce moment certaines composantes pour pouvoir analyser tous les effets avec confiance. Dans cette discussion nous proposons quelques changements pour apporter des améliorations au modèle.

En ce qui concerne les coefficients techniques des systèmes de production, il y a quelques remarques à faire. D'abord il est nécessaire de définir avec plus de précision les systèmes de parcours actuels et alternatifs. En deuxième lieu il faut définir des menus alternatifs pour le bétail qui utilisent plus de cultures fourragères pour diminuer la pression sur les parcours. En troisième lieu il est nécessaire de mieux définir les sources de matière organique utilisée par les ménages dans les cultures, c'est-à-dire qu'en plus du fumier, on utilise par exemple le compost des ordures et paille de maïs.

En ce qui concerne le module budgétaire, il faut englober dans l'analyse l'utilité de temps libre. C'est-à-dire qu'on a besoin de donner l'utilisation de main-d'oeuvre en rapport avec les revenus du ménage.

Pour évaluer l'effet de l'amélioration à l'infrastructure, il faut analyser avec une meilleure précision les coûts concernant les transactions incluses dans le module des prix. De même, on n'a pas encore inclus complètement l'information externe disponible au sujet des élasticités de la demande.

Quant à la typologie des exploitations, il faut englober plusieurs types de ménages paysans. On peut penser aux ménages qui sont moins équipés et aux ménages bergers.

En ce qui concerne le générateur des poids de buts on a déjà remarqué qu'il est nécessaire d'avoir des séries de temps pour estimer le poids du but en rapport avec l'assurance contre le risque. D'autres buts surgiraient d'une analyse plus profonde.

En ce qui concerne le modèle de programmation linéaire, l'inclusion de consommation saisonnière permettra l'analyse de stratégies alimentaires ménagères.

De toute façon, l'approche de modélisation d'exploitations présentée dans cet exposé, malgré les remarques faites, offre une méthodologie pour mieux comprendre le rythme et la direction du développement.

6.6. Références

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[1] Dans la recherche systèmes la plupart des typologies sont basées sur les variables structurelles puisqu'elles sont faciles à suivre et leur évolution est plus lente que les autres variables.

[2] Un nombre important de recherches a été conduit dans le cadre de l'aménagement et la gestion de terroir: la situation fourragère (capacité de charge) : Leloup & Traoré, 1989 ; Occupation des terres et dégradation des terroirs villageois: Janssen & Diarra, 1990 ; le droit foncier: Coulibaly & Joldersma, 1991 ; adoption des mesures LAE : van der Poel & Kaya, 1992 ; participation des femmes dans la LAE et GT: Perquin, 1993 ; régénération des pâturages dégradés; récupération des berges dégradées : van der Poel & Kaya, 1992.

[3] Les activités de l'axe de recherche gestion de terroir villageois (GTV) de l'ESPGRN dont SIWAA, aux ressources naturelles renouvelables collectives: principalement l'ESPGRN s'occupe des aspects de gestion des ressources ligneuses (le bois et ressources fourragères (les pâturages) dans cet axe van Campen & Sidibé, 1993). La gestion de la fertilité des sols est un autre thème de recherche très important de l'ESPGRN qui est traité dans la partie 'intensification agricole' (5.2.3).

[4] Dans le but de déterminer une norme de référence pour l'exploitation durables des parcours et dans le souci d'identifier les contraintes liées aux productions animales, une étude sur la productivité des pâturages de 1989 à 1991. Cette étude montre que l'extension des terres cultivées s'est traduite par une réduction notable des zones sylvo-pastorales. Le taux de 20% qui semble être le seuil maximal d'utilisation durable des sols est largement dépassé. Ce taux pour cette zone est de l'ordre de 47% des terres cultivables (Traoré & Leloup, 1989). Une des conséquences est que la capacité de charge animale est largement dépassée en certains endroits. Par exemple, les effectifs animaux du village de Kaniko sont de 1125 UBT alors que la capacité de charge est de 952 UBT.

[5] Toutefois, il est important de signaler que le maïs bien qu'étant très productif, est l'une des spéculations les plus sensibles aux aléas climatiques. De plus, il rentre pour peu dans l'autoconsommation des agro-éleveurs de la zone (venant après le sorgho et le mil) et était considéré jusqu'à une période récente comme culture de rente de diversification.